ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
GÉOLOGIE A ROGNAC

 



PRÉAMBULE

Le terroir de Rognac appartient à l'ensemble géologique qui constitue le synclinal (pli dont la convexité est tournée vers le bas) du bassin de l'Arc. Ses limites sont les suivantes :

Au nord, le versant septentrional du synclinal est constitué par une ligne de hauteurs allant de LA FARE LES OLIVIERS à la SAINTE-VICTOIRE.
  • Au sud, le versant méridional du synclinal est constitué par une autre ligne de hauteurs, soit d'ouest en est, LA NERTHE, L'ETOILE, LE REGAGNAS, L'OLYMPE ET L'AURÉLIEN.
  • A l'est, la haute vallée de l'Arc jusqu'au niveau de l'extrémité orientale de l'AURÉLIEN, dans le département du VAR.
  • A l'ouest, l'ÉTANG DE BERRE. 
Il faut savoir qu'en géologie, l'unité de compte est le million d'années (Ma). Nous allons exposer dans ce sujet, la dynamique qui a conduit à la formation de notre région et de notre terroir, en allant des couches les plus inférieures (les plus anciennes) jusqu'aux couches les plus supérieures (les plus récentes).

Notre exposé commence au JURASSIQUE (-201,3 à -145 Ma environ) qui est constitué de trois périodes, les Jurassique inférieur, moyen et supérieur et qui appartient comme le TRIAS (-251,9 Ma à -201,3 Ma) et le CRÉTACÉ (-145 Ma à -66 Ma) à l'ère MÉSOZOÏQUE, elle-même appartenant à l'Eon PHANEROZOIQUE.

Le MESOZOIQUE est caractérisé par le développement des Gymnospermes (plantes à graines, dont la plupart sont des conifères, par exemples les sapins, les épicéas, les mélèzes, les séquoias géants, les pins, les genévriers, les cyprès, les thuyas), l'abondance de Bélemnites et des ammonites, la prépondérance et la variété des reptiles et l'apparition des oiseaux et des mammifères.
 

Il ne faut pas perdre de vue que l'estimation des durées géologiques est approximative et variable suivant les auteurs. Les dates que nous donnons sont celles généralement admises. 



LE SYST
ÈME JURASSIQUE

Comme expliqué ci-dessus, le JURASSIQUE est compartimenté selon trois époques :
   
   Le JURASSIQUE Inférieur (de -201,3 Ma  (+/- 0,2 Ma) 
à -174,1 Ma (+/- 1 Ma)).
   Le JURASSIQUE Moyen (de -174,1 Ma (+/-1 Ma) à -163,5 Ma (+/- 1 Ma)).
   Le JURASSIQUE Supérieur (de -163,5 Ma (+/- 1 Ma) à -145 Ma)


Le JURASSIQUE Inférieur

Le JURASSIQUE Inférieur est composé de quatre Âges :

L'HETTANGIEN (de -201,3 Ma (+/- 0,2 Ma) à -199,3 Ma (+/- 0,3 Ma)).
   Le SINEMURIEN (de -199,3 Ma (+/- 0,3 Ma) à -190,8 Ma (+/- 1 Ma)).
   Le PLIENSBACHIEN (de -190,8 Ma (+/- 1 Ma) à -182,7 Ma (+/- 0,7 Ma)).
   Le TOARCIEN (de -182,7 Ma (+/- 0,7 Ma) à -174,1 Ma (+/- 1 Ma)).

 C'est au début de l'HETTANGIEN, vers -201 Ma, que le bassin provençal, auquel appartient Rognac et la région aixoise, est submergé sous une faible épaisseur d'eau qui progresse vers l'est.

La mer atteint la région aixoise au
SINÉMURIEN SUPÉRIEUR (vers -190 Ma). C'est alors que se sédimentent, en partie, les futures chaînes de La Fare Les Oliviers et de la Nerthe.

Au Jurassique moyen, vers -180 Ma, la sédimentation marno-calcaire (
formation géologique qui alterne des strates de calcaires et des roches sédimentairesse poursuit dans les zones qui ont tendance à s'enfoncer (subsidence). A la fin de la période, le bassin provençal est presque entièrement comblé de sédiments.

Au jurassique supérieur, vers -160 Ma, le comblement précédent du bassin provençal fait cesser tout dépôt sédimentaire et à la fin de cette période, une barrière de récifs s'installe depuis Aix-En-Provence jusqu'à la frontière italienne. Le climat est alors chaud et humide, de type intertropical (tel que celui que l'on peut rencontrer actuellement entre le tropique du capricorne et le tropique du cancer). Les terres sont basses et bordées de marais côtiers. 
En conclusion, le jurassique provençal est la période d'un bassin marin plus profond au début du système qu'à la fin.


LE SYSTÈME CRÉTACÉ

Au Crétacé inférieur, vers -141 Ma, la sédimentation marine se poursuit au milieu de récifs en haut fond. Puis, le bassin provençal s'approfondit en gouttière dans la région de Marseille, 
c'est le sillon sud provençal. Ce dernier intéresse la totalité du secteur de l'étang de Berre et, vers l'est, au-delà de Brignoles. Ce sillon est bordé par les hauts fonds sud et nord provençaux.

Vers -100 Ma, au Crétacé supérieur, le sillon sud provençal se réduit d'abord en largeur, de telle sorte que la région de l'étang de Berre appartient à une plateforme récifale où se forment des calcaires. C'est à cette période que se déposent des bauxites à la Roque-d'Anthéron et des ocres à Roussillon.

A -65 Ma, la bordure du bassin se plisse au niveau de la Nerthe, de l'Etoile et de la Sainte Beaume. De -100 MA à -80 MA, le Crétacé supérieur est de type marin, mais de -75 MA à -65 MA, il passe au type continental.
C'est dans les dernières périodes du Crétacé, durant le Campanien (-83MA à -72 MA) et le Maestrichtien (-72 MA à -65 MA), que la région prend un aspect fluvio-lacustre où apparaît le Bégudo-Rognacien à la fin de la période et où va se clore le cycle Crétacé provençal. 

Le Bégudien est formé par 600 mètres d'argile et marne rouge. Il forme le socle de l'étang de Berre ainsi que le sol des collines des Brêts et des Barjaquets. La couche est en forte pente et passe sous l'étang. (Nomenclature : C7aC) (environ -75 MA).

Le Rognacien comporte quatre ensembles sédimentaires superposés. De bas en haut on note :  

(-70 MA à -65 MA), Une couche dite du calcaire de la gare de Rognac, épaisse de cinq ou dix mètres (nomenclature : C7b1), bien visible sous la colline du Grand-Vacon, dont nous voyons une émergence sur la photo ci-contre à gauche.

Une couche d'argile et grés à reptiles (dinosaures) dite "grise inférieure", épaisse de cent mètres 
(nomenclature : C7b2). Elle forme le ribas de Rognac et la partie Est de la plaine. (Ribas = talus, pente d'un coteau).
 
Une couche calcaire formant la barre de Rognac (photo de droite), épaisse de 25 mètres à 30 mètres,
 contenant une alternance de bancs calcaires et marneux : ce sont des formations lacustres. C'est cette barre qui porte la croix de Rognac et le Castellas et qui domine la plaine (nomenclature : C7B3).

Une couche d'argile rouge, dite inférieure, épaisse de 50 mètres (nomenclature : C7b4). Elle forme le rib
as de Saragousse et c'est la dernière couche appartenant au secondaire.
Au sommet de celle-ci, se situe théoriquement la célèbre couche à iridium, qui correspond à l'événement qui fit disparaître les Dinosaures (astéroïde de la théorie d'Alvarez).

 
Cette photo, à gauche, montre la barre de Rognac (environ -65 MA) au niveau du sommet de la corniche de Vitrolles. L'épaisseur du banc sédimentaire est considérable et l'on peut constater, vers le bas de la falaise, une délimitation foncée qui n'est autre qu'une lentille argileuse qui s'est déposée entre deux couches de sédiments.

Sur la photo de droite, on aperçoit le fameux rocher de Vitrolles. Il appartient à la barre de Vitrolles, plus récente, environ -55 MA.
Il est fort probable que d'ici quelques milliers d'années, ce rocher se sera effondré.






LE SYST
ÈME TERTIAIRE


Au Paléocène, vers -65 Ma, se forment par sédimentation, des calcaires bariolés. C'est la barre de Vitrolles, d'une épaisseur de dix mètres (nomenclature : ela). Elle appartient à l'étage inférieur du Montien (-60 Ma). Sa superficie est de 800 ha.

Au-dessus de cette barre, se trouve une couche d'argile rouge, dite supérieure, d'une cinquantaine de mètres (nomenclature : ela). Cette couche appartient à l'étage supérieur du Montien (vers -50 MA). Elle est surmontée d'une couche argileuse et calcaire bariolée formant le Thanétien (-55 MA). Son épaisseur atteint environ 50 mètres (nomenclature e3).

A Rognac, ces deux couches (barre et argile) correspondent respectivement à la barre de Saragousse et au ribas qui le surmonte (ribas de Gorgue-Passe et plus au sud, du Jas d'Arbaud).

A
l'Éocène, vers -55 Ma, se sédimente la barre du Petit Arbois, épaisse de cinquante mètres. Elle est constituée de calcaire et de marne lacustre (étage Sparnacien). C'est à ce niveau que le terroir de Rognac confronte, à l'est, celui d'Aix-En-Provence (nomenclature : e3).

Vers -38 Ma, durant l'Oligocène, se produit une sédimentation de type continental qui intéresse notre région de l'étang (faciès lagunaire).
         
C'est au Miocène, vers -23 Ma, que survient une transgression marine
 (avancée de la mer) venue du sud-ouest. On note des traces de volcanisme dans la région de Rognes vers -18 Ma. C'est autour de -8,5 Ma que cesse la sédimentation calcaire. Elle est remplacée, entre -8 Ma et -6 Ma, par une sédimentation continentale à calcaire lacustre. 
         
Vers -6 Ma, au Pliocène, se clôt le grand cycle sédimentaire du système, avec la mise en place, à l'est du bassin, du front alpin. Le domaine provençal est alors émergé, jusqu'à nos jours. Pour ce qui nous concerne, l'érosion décape fortement toute la région de l'étang, formant le creux où, à l'ouest des barres va ce positionner l'étang de Berre sur un socle rocheux Bégudien.

LE SYSTÈME QUATERNAIRE

De -2 Ma à nos jours, le régime continental se poursuit en Provence occidentale : Formation de la Crau, dépôts dans les grottes et avens (remplissages lacustres). C'est durant ce système que survient la période glaciaire de la Provence.

Le quaternaire est à diviser en deux périodes :

        1/     Le pléistocène (-1,75 Ma +/- 0,05Ma à -10 000 ans)
                             
                  a/ Le Pléistocène inférieur (-1,75 Ma à -0,78 Ma) comprend la glaciation de Gunz et l'interglaciaire Gunz - Mindel.

                  b/ Le Pléistocène moyen (-0,78 Ma à -0,13 MA) renferme les dépôts glaciaires de Mindel et l'interglaciaire Mindel - Riss.

                  c/ Le Pléistocène supérieur (-13 000 ans à -10 000 ans) comporte les dépôts de l'interglaciaire Riss -Würm (-170 000 ans à -90 000 ans) et ceux de la glaciation de Würm (-90 000 ans à -10 000 ans) dont la fonte a comblé notre plaine de Rognac d'épaisses alluvions dites Würmiennes.

        2/  L'Holocène (-10 000 ans à nos jours) est donc la dernière période du quaternaire. Nous vivons actuellement dans l'Holocène qui forme une phase interglaciaire entre la glaciation de Würm et celle qui surviendra dans 10 000 ou 15 000 ans ...

            C'est à la fin du Pléistocène et au début de l'Holocène que la fonte glaciaire post-Würmienne a rempli la cuvette de l'étang de Berre, entre 14 000 et 8 000 ans.

Pour schématiser ce qui a été expliqué ci-dessus, voici une représentation du profil du terroir de Rognac.