ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
LE MONUMENT AUX MORTS




 
 
Après la fin de la guerre 1914-1918, étant donné que les corps des soldats morts au champ d’honneur, furent enterrés généralement sur les lieux de leurs décès, les municipalités érigent à partir de 1920 des monuments afin d’honorer leurs morts tombés durant la grande guerre.

Très peu de corps ont été restitués à leur proches car les frais liés au rapatriement du défunt étaient à la charge des familles qui en avaient fait la demande.
Si des monuments existent déjà dans certaines communes suite à la guerre de 1870, ce n'est pas le cas dans la majeure partie des villes et villages.
Celui de la ville de Rognac est érigé sur l’emplacement de l’ancien cimetière dont l’appellation est aujourd’hui « la place du Souvenir ». Nous allons voir plus loin les circonstances qui ont conduit à sa construction.
 
LE CREATEUR

Stanislas Clément CLASTRIER, dit Stanislas CLASTRIER ou encore Stanil CLASTRIER, né à Montagnac (Hérault) le 5 mai 1857, décédé le 13 août 1925 à Marseille à l’âge de 68 ans, est un sculpteur français.
Il commence son apprentissage de sculpteur à Marseille, puis se rend à Paris pour suivre l’enseignement de l’école des Beaux-Arts où il est l’élève de François JOUFFROY (1806 - 1882) et André ALLAR (1845 - 1926).

En 1891, il exécute le portrait de Camille PELLETAN ainsi que ceux d'Hyppolite PEPIN pour la chambre de commerce de Saint-Etienne, d’Erasme GUICHET à Châteauneuf-les-Martigues et d’Augustin FABRE pour les archives communales de Marseille. Il sculpte également des Frontons pour divers monuments publics ou privés et après la guerre 1914-1918, de nombreux monuments aux morts (Les Pennes-Mirabeau, Peypin, Saint-Zacharie, Vitrolles, les quartiers de Saint-André et Saint-Antoine à Marseille) et bien sûr à Rognac, sujet de notre exposé.

Il devient Professeur à l’école des Beaux-Arts de Marseille où il officie de 1904 à 1925, année de son décès. Il réalise pour la ville de Marseille des travaux de restauration. Entres autres, il réalise en 1913 un moulage des armoiries de la ville trônant au-dessus du balcon de la façade principale de  l’Hôtel-de-Ville, initialement sculptées par Pierre PUGET, afin de remplacer l’œuvre originale détériorée.
Hormis ses talents de sculpteur, Stanislas CLASTRIER était également un archéologue de premier plan. Il était membre de la Société Préhistorique de France. Une de ses grandes découvertes est d’avoir mis à jour l’ancien oppidum du Verduron, dans le 13éme arrondissement de Marseille, lorsqu’il entreprit des travaux de débroussaillement sur un terrain qu’il venait d’acquérir.

Il a notamment publié en 1908 un article sur l’établissement de la Bernarde, établissement à cheval entre Vitrolles et Rognac sur le bord de l’étang. Il vous est possible de lire le texte intégral publié par Gérard CASTEL dans son livre « Rognac un antique terroir », plus précisément à la page 39 du livre.

Il interviendra également en 1909 auprès de l’instance archéologique, sur la découverte au quartier du plan et Clapiers de Rognac, d’une statue assimilée aux types de Roquepertuse (Velaux) nommé « statue du dieu accroupi » Page 32 du même livre. Ce livre est consultable à la bibliothèque municipale de Rognac.

L’EMPLACEMENT DU MONUMENT AUX MORTS

La place du souvenir occupe la totalité de l’espace qu’occupait l’ancien cimetière, transféré à partir de 1900 sur le site primitif de notre nouveau cimetière, l’actuel cimetière Saint-Jacques. L’ancien cimetière de la place du souvenir avait lui-même remplacé à partir de 1843 celui des Goyrans alors situé contre notre église paroissiale et qui, selon le Maire de l’époque, Monsieur Louis JAUFFRET, était devenu trop gras par son ancienneté et le nombre de morts qui y étaient ensevelis.
Qui plus est, il était, à ce moment-là, placé par la force des choses et l’urbanisme naissant, en plein village, ce qui n’est pas en accord avec les règles de salubrité.

Lors de la réunion ordinaire du Conseil Municipal du 29 juin 1919, Le maire, Monsieur Daniel HEYRAUD soumet au Conseil Municipal un projet ayant pour but d’ériger un monument qui sera élevé à la mémoire des Enfants de Rognac morts pour la France, sur l’emplacement de l’ancien cimetière de l’Avenue de la Gare.
 
Extrait du conseil municipal
 
Vu le paragraphe 8 du décret du 23 Prairial de l’an XII (1) sur les sépultures (qui précise que les anciens cimetières seront fermés aux sépultures et resteront dans l’état où ils se trouveront sans que l’on puisse en faire usage pendant cinq ans), vu le paragraphe 9 de ce même décret (qui spécifie qu’à partir de cette époque de 5 ans, les terrains d’un ancien cimetière pourront être affermés (donner ou prendre un bien rural à bail) par les communes, à condition qu’il n’y sera fait aucune fouille ou fondation pour les constructions de bâtiments jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement). Étant donné que l’ancien cimetière de Rognac est fermé aux sépultures depuis 1900 et que le délai prescrit par le §8 est arrivé à terme et dépassé depuis 14 ans, le conseil municipal décide que le comité chargé de l’édification d’un monument commémoratif aux enfants de Rognac morts pour la patrie est autorisé à élever le dit monument sur l’emplacement de l’ancien cimetière.
(1) En 1919, nous sommes encore sous des lois qui ont été dictées au lendemain de la révolution Française et précisément en sa 12ème année, soit en 1801.
Pour la construction de ce monument, un budget supplémentaire est voté et accepté. Dans la rubrique « Nouveaux crédits », à l’alinéa 20e apparaît l’item « Monument commémoratif » pour lequel une somme de 3000 francs est allouée.

LE MONUMENT AUX MORTS
Le monument aux morts est de type « pilier commémoratif sur piédestal ». Ce piédestal supporte une statue féminine casquée, enserrant de la main gauche le drapeau de la patrie et armée d’une épée, que son bras droit a dégainé comme pour protéger les vaillants défenseurs de notre liberté contre l’envahisseur allemand.

Sur sa face Est
(photo de Droite), au centre du piédestal, une gerbe sculptée possède dans sa partie haute l’armoirie de la ville de Rognac. Elle entoure l’inscription « AUX ENFANTS DE ROGNAC MORTS POUR LA FRANCE ». Initialement créé après la fin de la guerre 1914-1918, une plaque située au-dessus de l’armoirie de la ville remet malheureusement à notre souvenir un autre conflit, celui de de 1939-1945. Une seconde plaque, placée elle au pied du monument, montre la reconnaissance de la commune de Rognac envers les victimes civiles de la guerre 1939-1945.


La face Sud (Photo Ci-contre)

Elle possède sur son soubassement une plaque en marbre listant les noms des Rognacais morts pour la France durant le conflit 1914-1918.
Ces noms sont :
Commandant BLAYSE, Capitaine ROCHEGUDE Augustin, Lieutenant DEPUIS (Le vrai nom est DEPUIT) Léon, Lieutenant CAMPANA Joseph, Sergent GIRAUD Daniel, Sergent DALY, Les soldats BOULLIAN Edmond, CASTINEL Jean, CAILLOL F., CICCULLO A., CICCULLO P., CONSTANT Emile, DEMPEY Jean-Marie, DENAND (Le vrai nom est DENANS) Emile, DURAND Paul, DURAND Ferdinand (Prénom inscrit (P.), FICON (le vrai nom est FIGON) Eugène, GAY Jules, GAY Louis, GIORSETTO M., GOIRAND Raoul, JULIEN (le vrai nom est JULLIEN) Eugène, LONG L., MARACHIE M., MARTIN Marius, MARTIN Victor, MAUREL Ernest, MOUREN Louis, PELISSIER Paul.
Les Soldats dont les prénoms ne sont pas complets ou qui n’ont pas de prénoms ne sont malheureusement pas présents dans la base de données « Mémoire des hommes ».

 
Il y a également des Soldats, natifs de Rognac tombés au champ d’honneur, qui ne sont pas inscrits sur la plaque en marbre mais probablement sur d’autres monuments des villes de la région. Pour mémoire :
Soldats ALEZEAU Antonin (transcrit à Velaux), CAYOL Frédéric (transcrit à Berre l’Etang), DECANIS Jules (transcrit à Aix-en-Provence), DELEUIL Auguste (transcrit à Pélissanne), DURAND Emilien (transcrit à Marseille), GILLY Fernand (transcrit à Orgon).
Il semble qu’il manque un Rognacais nommé CHABOT Melchior, né à Auzet et dont le décès a été transcrit à Rognac.





Carte des lieux connus des décès 




Une plaque, placée juste au pied de la statue, signale le nom du sculpteur Stanislas CLASTRIER.

Sur la face Ouest, (photo de droite) deux plaques commémoratives sont placées sur le piédestal. La plaque située sur sa partie supérieure, où est inscrit « HOMMAGE DES POILUS A LEURS FRERES D’ARMES » est, probablement, un geste des poilus rognacais revenus du 
front et qui ont voulu ainsi rendre hommage à ceux des leurs qui n’ont pas eu la chance de revoir familles et village. Cette plaque était auparavant fixée sur la face principale, coté Est.
La seconde plaque, sur la partie inférieure du piédestal avec l’inscription « LA PREVOYANCE FRATERNELLE A SES GLORIEUX ENFANTS SOUVENIR », est plus énigmatique. Mais il semble que ce soit là, la démarche d’une association patriotique d’anciens combattants et victimes de guerre désireuse de perpétuer le souvenir en rendant hommage à nos poilus morts pour la France.
 
Quant à la face Nord, Une plaque de même forme que celle dédiée aux morts de la guerre 1914-1918 occupe une grande partie du piédestal. Elle recense les enfants de Rognac décédés durant le conflit 1939-1945. Nous aurons peut-être l’occasion, lors d’une prochaine commémoration de ce conflit d’en détailler le contenu.

Une dernière plaque de marbre, de ton sombre, rend hommage aux Combattants et Victimes de guerre lors des conflits en Afrique du Nord et en Outre-Mer de 1952-1962 et 1946-1954. Là aussi, Nous sera-t-il possible de détailler ultérieurement l’histoire des hommes qui participèrent à ces guerres.

LIEU DE MÉMOIRE
Si la grande guerre fut à l’origine de la création de ce lieu de mémoire, aujourd’hui, toutes les grandes épreuves traversées par la France, et en particulier notre ville, sont commémorées en ce lieu.
Même si les diverses époques nous paraissent lointaines, les responsables successifs de la vie communale ont toujours veillé à entretenir le souvenir du sacrifice ultime des enfants de Rognac.

Pour cela, les associations patriotiques de notre ville, l’Association d’Anciens Combattants de Rognac (AACR), l’Amicale des Marins et Marins Anciens Combattants (AMMAC), L’Union Fédérale des Anciens combattants (AUFR), La Fédération des Anciens Combattants d’Algérie (FNACA), Le Souvenir Français, regroupées au sein du Comité de Coordination des Associations Patriotiques de Rognac (CCAP) œuvrent au quotidien, notamment ces dernières années, en impliquant de plus en plus, lors des commémorations, les jeunes générations afin que perdure dans le temps le souvenir des vies sacrifiées sur l’autel de la conservation de notre liberté.              
 




Page mise à jour le 18 juillet 2023