1) LES GRANDS TRAVAUX
Jusqu'en 1922, rien de bien particulier ne vient troubler la vie de Rognac.
Cette année là, les grands travaux débutent malheureusement par la destruction de la chapelle Saint-Eloi et de son presbytère. La construction de cette chapelle, érigée par un maçon de Berre en 1558 avait 8 mètres de long, y compris le presbytère, et 4 mètres de large.A l'origine construite sous le vocable Saint-Jaulme (Saint-Jacques) et de Saint-Philippe, elle fut placée sous celui de Saint-Joseph, puis sous celui de Saint-Eloi, elle se trouvait au n°6 de la rue Gustave Flaubert.
L'utilité de cette chapelle ne devait en rien supplanter l'église paroissiale de l'époque, située aux Cabanes. Elle servait d'annexe où l'on célébrait quelques offices et où des réunions des chefs de familles pouvaient s'y tenir sans avoir l'obligation de descendre aux Cabanes pour cela.
Cette chapelle fut profanée, ce qui de toute évidence pesa très lourd dans la décision de ne plus y célébrer d'office. Elle devient beaucoup plus tard, vers 1851, la première école des filles de Rognac. Cette école était tenue par des religieuses. Elle fut transformée en école laïque en 1882. La seule photo que nous ayons d'elle n'est pas de très bonne qualité mais nous pouvons nous rendre compte de son aspect.

En 1925, un grand événement se produit dans notre ville. Les constructions simultanées de la mairie et de l'école Lamartine sont engagées.
Pour les Rognacais, pas de grands bouleversements dans leurs habitudes, puisque la nouvelle école est distante que de quelques dizaines de mètres de celle construite en 1851 (cette ancienne école est maintenant la Droguerie Duffaut).
Mais l'imposante structure de la nouvelle école donnait une ampleur supplémentaire à ce village qui sans le savoir, préparait sa transformation inéluctable vers l'époque moderne. Nous la voyons, sur la photo de droite prise à partir du sud.
On peut dire que déjà, à ce moment là, se faisait ressentir le besoin de bâtir un ensemble regroupant diverses activités (enseignement, vie communale), placé non loin du centre d'activité principal autour de l'église.
Le choix de l'emplacement de cet ensemble scolaire et administratif, influença la physionomie de notre ville, qui voit progressivement se construire des habitations désireuses de se rapprocher de ce centre de vie.
Cette même année, la construction de la boucherie PARDIGON vient augmenter l'importance de ce centre ville et c'est à cette même période que les rues de Rognac commencent à se couvrir de Goudron.
En 1930, l'un des premiers corsos de Rognac est immortalisé grâce à l'initiative des membres du Cercle Amical, organisateurs de cette manifestation.
Ce "Cercle Amical" fut durant les décennies suivantes le rendez-vous d'une bonne partie de la population, qui se retrouvait pendant la journée ou après le travail pour jouer aux cartes pour les uns, pour faire une partie de pétanque pour les autres, et tous se retrouvaient ensuite autour d'un verre pour célébrer la victoire des uns comme la défaite des autres.
Voici quelques images de ce corso :
Des lotos mémorables furent organisés également dans ce lieu qui, malheureusement aujourd'hui, n'existe plus. Seule la bâtisse déserte rappelait quelques souvenirs à ceux qui durant tant d'années furent membres de ce Cercle Amical. Cet édifice est toujours présent, mais la modification qui lui a été apportée pour le transformer en nouveau foyer des anciens, fait qu'aujourd'hui, il ne ressemble plus guère à ce qu'il était à sa grande période et seul un œil avisé peut encore déceler l'ancienne construction de la nouvelle.
En 1930 également, la compagnie de chemin de fer PLM achète le domaine de Grand Vacon. Cette transaction sera néfaste et fatale à ce domaine, puisqu'elle annonce l'implantation de la future gare de triage ferroviaire de Rognac.
Sans nul doute il n'était pas nécessaire de détruire le château du Grand Vacon. Il suffisait pour cela de réduire de quelques dizaine de mètres la zone de triage pour conserver cet édifice qui traversa les années depuis sa construction en 1630.
Ce domaine pittoresque comprenait un château, un moulin à huile, un moulin à vent et une aire à blé, encore visible aujourd'hui.Le moulin à huile dont on retrouve la trace dans les actes notariés dès 1644, n'est pas parvenu jusqu'à nous (pas de photographie). Mais l'on sait, par le témoignage de Félix GOIRAND, qu'il a fonctionné jusqu'en 1914.
Le moulin à vent est mentionné pour la première fois en 1685. Il fonctionnera jusqu'au début du 19ème siècle, tout d'abord en tant que moulin à vent jusqu'à la fin du 18ème siècle, puis il fut détourné de sa fonction première jusqu'au début du 19ème siècle pour servir de relais pour le télégraphe Chappe. Il correspondait à sa droite avec le poste situé sur la tour de la pointe de Bruni et à sa gauche avec celui placé sur le plateau de Vitrolles.
Quelques photographies nous permettent d'imaginer à quoi la colline de la gare pouvait ressembler lorsque le moulin était en activité. Nous pouvons voir la bastide du Grand Vacon sur la photo de gauche. Seul le pigeonnier de droite est encore visible aujourd'hui.
Monsieur Felix GOIRAND, qui a vu la bastide dans son enfance a fourni une description détaillée du Château du Grand Vacon :
Ce domaine de plusieurs hectares possédait un terrain clôturé par de hautes murailles, sur lequel avait été construite une maison bourgeoise de forme carrée, constituée de deux étages recouverts par une toiture de tuiles rondes.
L'entrée se situait du côté sud-est, dont une double porte donnait accès sur une grande salle au carrelage noir et blanc.
Sur la gauche se trouvait la grande cheminée. Au centre de la salle, un pilier en marbre ou en pierre froide soutenait la poutre maîtresse du plancher de l'étage supérieur, auquel on accédait par un large escalier surmonté d'une rampe en fer forgé. Aux étages, il y avait les chambres dont certaines étaient équipées d'une cheminée en marbre.
On accédait à la grande cour carrée, avec au fond deux pigeonniers, en descendant un large escalier en pierres de taille situé au bord du terre-plein de ce bâtiment.
Du côté de l'étang, se trouvait un jardin en dégradé avec fontaine et conque en son milieu. Ce jardin débouchait, avant le passage du chemin de fer, sur le chemin de Marignane, après le Royal Provence.

Dans l'enceinte du domaine, à droite du grand portail d'entrée en fer, il y avait en suivant :
- Le four à pain.
- Le moulin à huile.
- Une remise.
- Une écurie.
- Une bergerie.
- Une habitation servant de logement aux domestiques.
- Un poulailler et une porcherie.
Le domaine était alimenté en eau
potable par un puits encastré dans le mur de la cour aux pigeonniers et par une noria à chevaux dans l'oliveraie attenante au domaine. En contre-haut du domaine, on pouvait voir une tour démantelée, vestige de ce que fut jadis le moulin à vent.

Monsieur GOIRAND conclut sa description en soulignant que la destruction de ce domaine ne s'imposait nullement pour la construction de la gare de triage.
De ce château il ne reste aujourd'hui que son pigeonnier oriental, son mur attenant et une écurie voisine. Quelques photos nous restent de cette belle propriété.
La photo de droite montre les baraquements dans lesquels vivaient les ouvriers et leurs familles qui travaillaient à la construction des voies de triage.
2) LA VIE A ROGNAC
Que dire du rythme de vie de cette époque. Les loisirs existent, mais ils ne prennent pas une place aussi importante qu'aujourd'hui. Ce sont plus des petits plaisirs telles que des sorties pique-niques au bord de l'étang ou ailleurs avec la famille ou les amis (parfois les deux), que des vacances où l'on part en dehors de la région.
De toute manière, le réseau routier n'est pas extraordinaire à cette époque et les propriétaires de véhicules motorisés sont plutôt rares. Les grands modes de transports restent le vélo, la charrette attelée à un cheval ou le train. La gare de Rognac est très pratique pour les habitants qui peuvent s'absenter pendant plusieurs jours, mais les occupations des Rognacais, à ce moment là, sont essentiellement agricoles et beaucoup d'entres eux élèvent des animaux, ce qui réduit considérablement le nombre de jours où l'on peut s'absenter.
Par contre, pour les citadins qui ne sont pas confrontés à ces problèmes, le train reste une aubaine pour pouvoir s'évader, le temps d'un dimanche, sur nos plages, au bord de l'étang.
C'est ce qui se passe régulièrement et notre gare voit débarquer dans notre village des flots réguliers de voyageurs descendant à l'assaut de nos grèves. Les plages de Rognac sont, à cette époque, très appréciées des gens de notre région, ce qui lui donne, comme nous pouvons l'observer sur cette photo, un air de Côte d'Azur très fréquentée. Même les habitants de Cavaillon affluaient vers nos plages.
Comme nous l'avons dit plus haut, le mode de transport le plus utilisé pour aller aux champs ou en promenade était la charrette. Ces sorties étaient autant d'occasions de se retrouver et de rigoler pendant le chemin, car aucune ornière n'était évitée et comme on dit ici, "ça bouléguait". Sur la photo de droite, tout le monde est fin prêt et l'instant est immortalisé devant la véranda de la ferme du Petit Vacon, qui n'existe plus aujourd'hui.

Les travaux des champs étaient fait à la main et rude était la tâche, mais cela faisait partie de la vie normale et les familles les accomplissaient aux rythmes du soleil et des saisons. Chaque récolte était faite en son temps. Ni avant, ni après, seulement au bon moment.
Pas question de voir sur les étals des tomates au mois de février ou du raisin au mois de juin. Non, juste à la bonne période et quand les premières tomates arrivaient dans les assiettes, cela engendrait un réel plaisir de goûter à leur saveur.
La période des moissons voyait fleurir les meules de blé sur les terres. Outre le travail de coupe à la faux, il fallait ensuite constituer les meules à espaces réguliers pour ensuite les charger dans les charrettes afin des les amener sur les aires de battage pour récupérer les grains de blé. Tout ceci était rude, mais on peut se rendre compte sur la photo de gauche que l'on prend le temps de figer ces moments et que malgré la tâche, les visages sont souriants.

Les moissons, au même titre que les olivades ou les vendanges étaient des occasions pour de nombreux Rognacais, de se retrouver et d'œuvrer à tour de rôle chez les uns ou chez les autres, pour rentrer les précieuses récoltes dans les greniers, les moulins ou les coopératives vinicoles.
Après les récoltes, il fallait préparer la terre pour recevoir les nouvelles semences. Le labourage n'était pas fait avec des engins mus par des chevaux vapeurs. C'était à la force des chevaux ou des bœufs et grâce à la dextérité de ceux qui les menaient que ce travail s'accomplissait et se perpétuait ainsi d'années en années.
Comme l'on peut s'en rendre compte, les chevaux étaient robustes, mais les propriétaires devaient veiller à bien les entretenir s'ils voulaient arriver à labourer l'ensemble de leurs terrains.

Une fois le labour terminé, il fallait encore affiner la terre et pour cela atteler la herse aux chevaux puis faire des allers-retours jusqu'à l'obtention du résultat désiré. Après cela, le grain pouvait être semé devant l'ultime passage de la herse et attendre que la nature fasse son travail en vue de la récolte suivante.
Une autre activité qui se fait de plus en plus rare sur notre territoire, étant donné l'explosion de l'urbanisation et de l'industrialisation, c'est l'élevage des moutons.
Sur cette photo qui date de 1940, on peut voir un berger accompagné de membres de sa famille sans doute, mener ses bêtes sur des pâturages proches de La Bastianne.
L'un des derniers bergers de notre commune avait sa bergerie aux Brêts il y a 25 ou 30 ans. Quelques moutons étaient encore emmenés paître, il n'y a pas si longtemps à la belle saison, sur les terres des Ouïdes, à proximité de l'ancien ball-trap.