ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
ROGNAC - LA GRANDE BASTIDE

 
Tous les habitants de Rognac, parmi ceux qui connaissent le terroir depuis plus de cinquante ans se souviennent de la Grande Bastide.
C'était une vaste ferme constituée d'un bâtiment ouest servant à l'habitation des propriétaires, d'un bâtiment Nord servant d'écurie et d'un bâtiment Est formant la bergerie.
Ces trois parties entouraient une grande cour ouverte au midi, prolongée par un chemin de terre conduisant à la route de Berre à Aix (Comme le montre la photo de gauche prise du sud).
 
La Grande Bastide a une très vieille histoire, puisqu'elle a traversé le temps depuis le Moyen-Âge. Voici les événements qui marquèrent tout au long de son existence cette habitation.
 
En 1373, des événements liés à des conflits d'ordres sentimentaux et politiques aboutissent à la confiscation des biens de François des Baux au profit de la Cours Royale (une enquête de confiscation est réalisée le 22 mars 1378). Rognac quitte à partir de cette époque le patrimoine des Baux, pour entrer dans le domaine royal.
L'enquête de confiscation dresse une liste des biens et des droits de François des Baux. Ce précieux document, bien qu'incomplet, donne une vue assez précise du domaine seigneurial en ce temps-là.
Entre autres biens, l'enquête mentionne un certain Pré Saint-Saturnin ("Pratum Sancti Saturnini") dont l'emplacement nous sera plus tard parfaitement connu par des actes ultérieurs. Ce pré constitue donc un bien seigneurial, mais aussi un lieu-dit "Sanctus Saturninus" que les gens de l'époque ont l'habitude de désigner sous ce nom.
 
En 1382, la reine Jeanne meurt assassinée. Son fils adoptif Louis Ier lui succède, mais meurt à son tour en 1384 et c'est son fils Louis II qui prend sa suite, assisté par sa mère Marie de Blois.
Par lettre patente de Louis II en date du 26 janvier 1397, confirmé par lettre patente de Marie de Blois en date du 13 avril 1397, La garde du "Chatel de Rognac"(castellanum castri seu fortalicii nostri de Roynhaco) est donnée à Petrus Micaelis, de Berre, personnage de l'entourage proche de Louis II.
 
Le 7 septembre 1396, Louis II et sa mère Marie confient la garde de "l'Hostel Royal" de Berre à Stephanus Micaelis, frère de Petrus. Les deux terroirs de Berre et de Rognac sont donc désormais entre les mains de la même famille Micaelis.
 
Vers 1400, Petrus Micaelis meurt et c'est son frère Stéphanus qui se retrouve Seigneur de Rognac.
 
Stephanus Micaelis meurt en 1410. Son fils Johannes fait donation en date du 12 juillet 1419, d'une bastide et de son affard de terres situés à Rognac, aux frères Anthonius et Johannes Isnardi d'Aix, avec des confronts qui ne laissent aucun doute. Il s'agit d'une construction édifiée sur l'ancien Pré Saint-Saturnin.
Cette donation est faite en paiement d'une dette de Johannes Micaelis pour la somme de 186 florins d'or, un montant considérable pour l'époque.
 
Étant donné que jusqu'en 1410, aucun texte ne mentionne de construction sur le l'ancien Pré Saint-Saturnin, on peut considérer que la construction de la Grande Bastide fut effectuée dans les 18 premières années du XVème siècle.
 
En 1427, Les deux frères Isnardi donnent en location à Jacobus et Anthonius Porcecerii, père et fils, non pas la bastide, mais seulement les terres formant l'affard.
 
En 1432, Johannes Isnardi donne à fâcherie (mode de location où le locataire donne annuellement au propriétaire une part convenue de la récolte) à Johannes Jaucerani de Berre, la Bastide et l'affard.
 
Puis survient une longue période de 51 ans où aucun texte ne nous renseigne sur l'évolution de la Grande Bastide.
 
Le 7 mai 1483, Bertrand Barrier, personnage important de Berre, donne en arrentement à Petrus Constantii la bastide Saint-Saturnin et son affard au terroir de Rognac.
 
Le 14 mars 1492, à l'expiration de l'arrentement ci-dessus, la bastide et son affard sont rendus à Dame Simonetta de Basthio. Son frère Thaddeus, Seigneur de Sancto-Stephano, les donne immédiatement en arrentement à Adam Herunet de Velaux.
La photo à gauche montre la façade Est de la bâtisse initiale.
 
Pendant tout le XVIème siècle, aucune mention n'a pu être retrouvée concernant la Bastide saint-Saturnin, mais quelques terres situées au lieu-dit "Sanct- Savornin" sont citées par les Notaires, preuve que le nom du lieu-dit n'est pas oublié.
 
Le 31 janvier 1613, un changement considérable survient pour les habitants de Rognac. Un nouveau seigneur s'occupe dorénavant du terroir et contrairement aux habitudes antérieures, ce seigneur vient habiter une grande partie de l'année sur ses terres, alors que jusque là, le seigneur était un personnage de très haut rang, que sans nul doute, les habitants ne voyaient jamais.
Marie de Luxembourg, Dame de Rognac, passe donc contrat ce 31 janvier avec Jehan d'Arbaud, écuyer d'Aix, au terme duquel la seigneurie lui est inféodée, avec pour ce dernier, prérogatives seigneuriales. En prenant possession de Rognac le Sieur d'Arbaud recueille la propriété de la Grande Bastide. 

( Photo de gauche, vue sud de la bergerie )
 
Pierre d'Arbaud, Seigneur de Rognac après le décès de son père Jehan en 1618, donne en arrentement à Jehan Eyraud une bastide et Jas au Leveon, avec affard et tènement. Bien qu'aucune précision ne soit donnée, il est clair qu'il ne peut s'agir que de la Grande Bastide, le Seigneur n'en possédait pas d'autre au Leveon.
 
( Le puits sud de la bastide )

Le 18 janvier 1620, Pierre d'Arbaud reconduit l'arrentement pour Jehan Eyraud, avec davantage de précisions :
 
L'arrentement porte sur "Bastide, Jas, affard, laboraige et tènement d'icelle au Leveon", pour 5 années.
"Est de pacte que ledit arrenteur sera tenu de donner paille suffisante pour les chevaux dudit seigneur lorsqu'il sera à Rognac"
Ledit seigneur se réserve l'habitation qu'il a accoustumé d'avoir en ladite bastide, avec le pigeonnier".
 
En 1657, Le seigneur François d'Arbaud arrente en faveur d'un habitant de Cornillon, les terres mais non la Grande Bastide.
 

( Le puits nord de la Grande Bastide )

En 1666, François de Thomassin, alors Seigneur de Rognac, donne en arrentement à Blaize Heyraud la Grande Bastide au Levens, avec affard et tènement.
 
En 1702, la Grande Bastide figure au tail de "Monsieur le Président de Saint-Paul", Seigneur de Rognac. La superficie du terrain est de 40 hectares, dont 15 roturiers et 25 nobles.
 
En 1713, Le seigneur arrente encore la Grande Bastide, mais avec un élément nouveau : un moulin à huile y est construit.
Il est vrai que les oliveraies du Levens sont considérables à cette époque.

( Vue nord-ouest de la Grande Bastide )

En 1723, Jean Estienne de Thomassin, alors Seigneur de Rognac, arrente à Joseph Baron, de Marignane, toute la seigneurie de Rognac :

La Grande Bastide et son tènement ; la Bastide de la Gerbine ; le Grand logis (actuellement Tête Noire) Le Château seigneurial des Cabanes ; la forge des Cabanes ; le moulin à vent du Touronnet, aux Borys ; les droits seigneuriaux.
 
Le tout pour la somme annuelle de 4600 livres.
 
En 1750, Madame de Rognac arrente à Vincent Heyraud la Grande Bastide et la Bastide des Cabanes.
 
En 1771, un fait-divers survient près de la Grande Bastide : un négociant de Toulouse, passant sur le chemin de Berre à Aix est attaqué par 3 inconnus, sous la Grande Bastide, lesquels tentent de le voler. Les chemins de Rognac ne sont pas sûrs...!
 
En 1789, au moment de la Révolution française, aucun texte n'évoque la Grande Bastide. Nous savons seulement que son propriétaire, le Seigneur de Rognac, Auguste François Joseph de Thomassin habite Montrouge, près de Paris.
 
En l'an V de la République, les sieurs Joseph Estienne, de Pélissanne, et Jean Joseph Eisseris d'Eguilles acquièrent solidairement les biens appartenant à l'ex seigneur de Rognac. 7 années plus tard, ils revendent ces biens à Dame Claire Marie Anne Albertas, épouse de Mr Jaubert de Saint-Pons. Parmi ces biens figure le domaine de la Grande Bastide.
 
En 1865, Monsieur Salier, receveur des Finances à Aix, fait l'acquisition de la Grande Bastide.
 
En 1868, la bergerie est ajoutée sur le côté Est de la bastide. Désormais, personne n'y ajoutera plus rien. Cette vénérable bâtisse sera occupée et traversera tranquillement les 104 années qui la séparent de sa destruction partielle.
 
En 1970, l'Hoirie Théry-Salier vend le domaine à la Société Shell.
 

En 1972, les parties les plus anciennes sont détruites et seule la bergerie échappe à la destruction. Aujourd'hui, elle trône parmi les bacs de carburants.
 

Comme on peut s'en rendre compte sur cette photo, la destruction de la grande Bastide n'était pas primordiale pour l'implantation des bacs de carburants du dépôt.

Vu l'état actuel de la bergerie (la toiture est manquante), restera-t-elle longtemps debout ?
 



Voici d'autres photos de cette habitation.



Montée d'escalier dans le logement

          
Photo de gauche, sol d'une des salles situées à l'étage de la bastide, revêtue de carreaux à fleurs de lys
Photo de droite, détail d'un carreau


Charpente de la toiture de la bergerie


     
Photo de gauche, la salle à manger de la Grande Bastide.
Photo de droite, une vue de la cave de la bastide.


Vue intérieure de la bergerie


Page mise à jour le 31 juillet 2023