Après la Révolution Française, la communauté de Rognac s'organise dans un calme relatif, comme le décrivait Denis BARTHELEMY, Maire de l'époque, dans un courrier adressé au Sieur DEBEAUX, Commissaire des communes de Provence, à Aix.
Chez nous, tout se passe avec la plus grande concorde et la paix... Nous vous prions de nous donner des armes et des munitions pour pourvoir à notre sécurité.
Ce texte semble bien indiquer que notre ville a été épargnée par la fièvre révolutionnaire, mais l'instabilité provoquée par "la terreur", donna quelques soucis pour que le calme soit préservé sur notre terroir.
L'essentiel des modifications de cette période de début du 19ème siècle et d'après la révolution, semble se concentrer sur l'organisation de la vie de notre commune, mais en dehors de toute gérance d'un personnage puissant comme l'était le Seigneur de Rognac.
Depuis la révolution, la notion de seigneur disparaît. Il n'est plus reconnu comme le personnage éminent ayant une influence sur le devenir de la communauté par le seul biais de sa puissance terrienne (propriétés et biens) ou de sa puissance financière, tenant la communauté par l'apport régulier de liquidités lors des périodes de disette ou de vache maigre.
Petit à petit, la communauté s'organise en un groupe pratiquant l'autogestion avec le soutien d'une personne dite "Responsable des communes de Provence", citée plus haut.
I) CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS .
A la fin du 18ème siècle, en 1796, le Seigneur de Rognac cède ses biens et ses terres situés sur notre terroir à deux personnes externes à Rognac, dans un système indivis.
Durant cette période, Rognac ne change pas profondément. Le chemin qui relie le haut et le bas de Rognac (notre boulevard Jean Jaurès), n'est qu'une succession de petits lieux-dits et ressemblait fortement, pour ceux qui l'ont connu, à ce que pouvait être le chemin qui séparait les Brêts des Barjaquets au début des années 1970.
En 1803, les biens de l'ex Seigneur de Rognac, acquis en 1796 par Joseph ESTIENNE de Pélissanne et Jean-Joseph EISSERI d'Eguilles, sont revendus à Dame Claire-Marie-Anne ALBERTAS, épouse de Mr JAUBERT de SAINT-PONS.
Ce début de 19ème siècle semble peu fourni en événements et il faut attendre 1819 pour que survienne un événement qui bouleversa quelque peu la vie de notre commune.
En effet, cette année là, se produisirent de graves inondations et les dégâts, provoqués par ces catastrophes naturelles, entraînent l'indemnisation de 32 propriétaires.
En 1820, la maison commune située contre l'angle nord-est de l'église est mise en service. A vrai dire, bien avant la révolution, ce bâtiment servait quelques fois déjà de maison commune.
Cette même année, sous l'action du froid, une nouvelle mortalité d'oliviers est signalée. Il est enfin question de faire réparer le môle de Rognac, qui existe depuis 1712 et où l'on embarque les vins de Rognac, Velaux, Vitrolles et Ventabren.
En 1822, une brigade de gendarmerie est installée au Domaine de Vacon, mais elle sera supprimée en 1830.
En 1832, le premier plan cadastral de la commune est réalisé. Il nous est connu sous l'appellation de Cadastre Napoléonien. La vision de notre commune y est notée de manière distincte, mais peut-être pas exhaustive.
Par le passé, les cadastres n'étaient constitués que d'énumérations des possédants et de leurs biens.
En décembre 1832, on note un litige sur l'accès de la fontaine de Canourgues. En effet, les Sieurs DAVIN et COUTURE, acquéreurs du domaine de la Tête Noire, prétendent interdire l'accès à la fontaine qui est pourtant un bien communal. Il s'agit là d'une résurgence d'un litige de l'ancien régime entre le Seigneur et la communauté.
Cette dernière a toujours soutenu que les habitants ont le libre usage de la fontaine alors que le Seigneur a toujours œuvré pour réglementer et restreindre cet usage. La Tête Noire étant un bien anciennement seigneurial, DAVIN et COUTURE se prévalent d'un supposé droit ex seigneurial qui n'ose pas dire son nom !
Une délibération de 1837 mentionne à propos de Rognac, "le peu d'étendu de son terroir, le faible effet de sa population, la nullité de son industrie". Il faut dire que Rognac n'est qu'une commune essentiellement agricole.
En 1838, la mairie expose que le cimetière paroissial, situé prés de l'église, est devenu trop gras par son ancienneté et par la quantité de mort qui y sont déjà ensevelis.

En outre, il est placé en plein village, ce qui est contraire aux règles de la salubrité. Le Maire propose donc de créer un autre cimetière hors du village.
En 1840, une froidure exceptionnelle détruit en totalité la récolte d'amandes, ce qui réduit les habitants "à la plus affreuse misère". La même année, on note la construction d'un petit port au lieu-dit "le môle de la forge", non loin à l'ouest de la tête noire. C'est là justement l'emplacement de l'ancien "cargadou de Rognac" devenu le môle de Rognac à partir de 1712.
En 1843, soit cinq ans après son projet de création, le nouveau cimetière est construit à l'emplacement de l'actuel.
II) LA STATISTIQUE DE VILLENEUVE DE 1824
Le Comte de VILLENEUVE, Préfet des Bouches-du-Rhône du moment, publie en 1824 un ouvrage intitulé "statistique des Bouches-du-Rhône", qui contient un tableau de la population de la commune de Rognac en 1820.
Rognac (village) : 326 habitants
Les Richards (hameau) : 100 "
Les Peyrols (hameau) : 100 "
Les Brêts (quelques maisons) : 20 "
Les Césars (quelques maisons) : 10 "
La Bastidasse (quelques maisons) : 15 "
Saragousse (quelques maisons) : 15 "
Le Jas d'Arbaud (quelques maisons) : 15 "
La Tête Noire (maison bourgeoise) : 4 "
La Tête Noire (Auberge et Ferme) : 11 "
Vacon (Maison bourgeoise) : 3 "
Vacon (ferme) : 12 "
La Grande Bastide (ferme) : 10 "
La Bastianne (ferme) : 6 "
La Gerbine (maison de campagne) : 6 "
Total : 653 habitants
Ce tableau nous apprend d'abord qu'il existe un hameau de quelques maisons aux Brêts. Vers la fin du 18ème siècle, la carte dite de Cassini, mentionne à Rognac, le lieu-dit "Le Brest" sans construction.
Aucun cadastre antérieur n'indique d'ailleurs, ni hameau, ni bastide, mais les actes notariés du 16ème siècle permettent de penser que le hameau dérive de la bastide de Chauderel (1573).
En tout cas, une petite agglomération n'a pu s'élaborer qu'entre 1780 et 1820.
Ensuite, les Césaires, qui ne sont pas autre chose que les Césaris (ancienne bastide de Nicolas), comportent quelques maisons. Il y a eu donc une sorte de récupération du site puisque, à la fin du 18ème siècle, on ne dénombrait que la bergerie de 1796.
III) LE CADASTRE DE 1832
Le cadastre de 1832 est présenté sous forme d'une description sommaire de chaque parcelle, accompagnée d'un plan et d'un tableau d'assemblage. Il apporte les éléments suivants :
a) Hameau de la tête Noire
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Château Saint-Jacques (ancien château seigneurial)
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Paroisse vieille (église+cimetière+presbytère formant la paroisse d'avant 1667)
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Auberge de la Tête Noire (ancien grand logis du seigneur)
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3 maisons
b) Hameau de Brêts
c) Hameau des Barjaquets (ancienne Bastidasse)
Il est à remarquer que le terme "Barjaquets" remplace celui de "Bastidasse", mais celui-ci sera encore utilisé durant 70 ans.
d) Hameau des Peyrols
e) Hameau des Richards ou Borys
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32 maisons
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2 moulins à huile
f) Hameau de Saragousse
g) Hameau du Jas d'Arbaud
h) Hameau des Césaris
i) Hameau du village
En outre, ce cadastre apporte les données ci-dessous :
La bastide de l'Antoni (déformation du prénom Antoine) a été construite entre 1820 et 1830 (section A).
La bastide du cheval blanc a été construite avant 1832 au quartier de Fauconnière. Le cadastre l'appelle simplement "maison", mais la tradition orale de la fin du 19ème siècle la désigne sous le nom de "cheval blanc". Elle a disparu lors d'un incendie en 1900.
La maison mentionnée au puits de la Figuière (n°653) présente une situation caractéristique de ce qui est appelé de nos jour, la "ferme TEISSIER" ou "ferme du Petit-Vacon". Cette maison de 1832 dérivait certainement d'un jas du 18ème siècle.
A la section E, au quartier de la Barraque, le cadastre mentionne une "maison rurale" qui existe toujours et qui s'avère comporter deux fours jumelés. On n'en trouve aucune mention antérieurement.
A la section A, le cadastre fait mention de la "maison Chabaud" contre la limite avec Berre. Nous avons soigneusement étudié la superficie des parcelles décrites aux cadastres 1673 et 1761, ainsi que leurs confronts, puis nous avons fait la comparaison avec les confronts et la superficie de 1832.
Il s'avère que la "maison Chabaud" est sans doute la construction appelée "jas de vacon" au 18ème siècle, laquelle dérive de la "gabella berre" médiévale. Actuellement cette construction n'existe plus, recouverte par l'usine CABOT et la voie ferrée Paris-Marseille, au nord de CABOT.
Voici ci-dessous une vue du cadastre de l'exercice 1831 :