ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
ROGNAC DE 1845 A 1899




A partir de 1845, Rognac va connaître des événements qui vont progressivement transformer son terroir.
 
Cette année là, les délibérations du conseil mentionnent pour la première fois la construction de la voie ferrée, mais ce n'est que trois ans plus tard, en 1848, que celle-ci atteindra Rognac.
A ce moment là, la misère est encore grande sur le territoire pour mériter d'être signalée.
 
I) CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS
 
Le 3 mai 1851 la construction de la maison d'école est décidée. Elle sera construite au quartier des Ferrages, au bord du chemin qui relie le haut et le bas de Rognac (Notre Bd J. Jaurès).
Cette école était réservée aux garçons, mais il existait également une école des filles, à la chapelle St-Eloi, tenue par des religieuses.
Des habitués y allaient souvent, mais pas pour les mêmes raisons puisque, après la construction et la mise en service de l'école Lamartine en 1925, cette école fut fermée et était devenue un fond de commerce loué par la municipalité. Quelques décennies plus tard, elle deviendra la droguerie Duffaut qui arrêtera son activité en 2018.
En août 1851, il est fait mention de la route départementale n°1, de Marseille à Arles. Nous savons, par des documents conservés aux archives départementales, que la construction de cette route a consisté en la création du trajet passant par la montée des pins, en raison de la très mauvaise qualité de l'ancien trajet entre la Tête Noire et le Vallon d'Avignon, mais surtout en raison de l'implantation de la voie ferrée.
Pour pouvoir la franchir, il fallait construire un pont hors des possibilités du moment. La voie ferrée fut donc creusée en tenant compte du nouveau tracé de la route, en un point plus facile à aménager.
Le sommet de la montée des pins est un endroit ou la voie passe précisément dans une gorge profonde dont le franchissement n'exige qu'un tablier horizontal et non un ouvrage complet.
 
Le 30 septembre 1852, Rognac honore son Altesse Impériale Louis Napoléon III, de passage dans notre ville, avec feu d'artifice et fanfare.
 
Le 8 mai 1854, le conseil délibère sur le projet d'un pont franchissant la voie ferrée au passage à niveau de Rognac. Ce pont ne sera jamais réalisé.
 
Le 9 février 1856, la construction de l'école des garçons est terminée. Cette même année, une voie ferrée allant de Rognac à Aix-en-Provence est réalisée. On l'appelle aujourd'hui la voie d'Aix.
 
Le 10 janvier 1865, Monsieur
 SALIER, Receveur des finances à Aix, devient le nouveau propriétaire de la Grande Bastide.
 
Le 29 octobre 1865, Le conseil discute du projet d'établir un médecin du chemin de fer, qui soignerait les malades de la commune au prix de 1,50 francs pour la visite. Cette même année, il est construit le lavoir prés de la chapelle St-Eloi (photo de gauche).
 
En 1869, Rognac connaît une sécheresse calamiteuse qui est le summum d'une grande période de sécheresse commencée en 1866.
 
En 1873, la Compagnie des Salins du Midi procède à des travaux d'assèchement des marais, le long de l'étang, à la Tête Noire.
 
En 1878, Un rapport sur la situation agricole à Rognac, fournit les précisions suivantes :
 
            Terres labourables                                450 ha
            Oliviers                                                163 ha
            Vignes                                                 229 ha
            Amandiers                                           243 ha 
            Total                                                 1087 ha
 
Le rapport précise que les productions sont très mauvaises en raison de la sécheresse, des gelées et du phylloxera et que les habitants se trouvent dans un état déplorable.
 
Une délibération du 12 août précise que les mûriers qui bordent le chemin menant au môle de Rognac datent de Colbert (1619 - 1683). Il y a donc un peu plus d'un siècle en arrière, ces arbres existaient encore et avaient 200 ans d'âge.

(Nouveau paragraphe (07/2013)) Le 14 juillet 1880, est célébré pour la première fois la fête nationale à Rognac. 
En effet, en remontant jusqu'en 1789, nous n'avons retrouver aucune trace d’une quelconque commémoration d’une fête nationale avant la date de 8 juillet 1880. lorsque le conseil municipal de Rognac au grand complet s’est réuni dans sa salle ordinaire de séances, suite à la réception d’une lettre reçue le 3 juillet 1880 par laquelle le Préfet des bouches du Rhône, Eugène POUBELLE, donna son accord afin que Rognac célèbre sa première fête nationale du 14 juillet.

Le Maire, Amédée ARQUIER, expose devant le conseil que le gouvernement de la République Française ayant adopté le jour mémorable du 14 juillet comme celui de la fête nationale, incite les membres présents à voter la somme de 150 francs pour donner à cette fête le plus d’éclat possible et répondre ainsi aux vœux du parlement et du pays. Cette somme fut prise sur les fonds disponibles de la commune.

Pour information, lors du vote du budget primitif de l’année 1911, la somme allouée aux festivités du 14 juillet 1911, représentait environ 4% du budget de la ville.

 Le 7 mai 1882, la décision est prise de transformer l'école congréganiste des filles de la chapelle St-Eloi en école laïque.

En 1884, le gel détruit amandiers et fruitiers et les inondations qui empêchent toute semence aggravent la misère des habitants.
 
Cette même année, la nouvelle gare de voyageurs est construite à Rognac, celle que nous connaissons encore aujourd'hui. L'ancienne gare entre 1848 et 1884, se trouvait à cheval sur les communes de Rognac et de Vitrolles.
 

Une délibération du 15 mars 1896 signale le passage du Président de la république à Rognac.

 
En 1897, ont lieu des festivités pour l'inauguration des deux fontaines publiques, celle de la place de l'église (Rognac le haut, photo de gauche) et celle de la place de la liberté (Rognac le bas, photo de droite), ce nom de place de la liberté lui sera attribué qu'en 1898.


           

C'est en 1899
que les platanes qui bordent le boulevard Jean Jaurès ont été plantés, avec l'alignement du dit boulevard. Nous le voyons sur la photo ci-dessus lors des travaux de plantation des platanes.

 
II) LA VOIE FERRÉE PARIS-MARSEILLE (1848)
 
Si on étudie le tracé de la voie ferrée de 1848, en venant de Vitrolles, on constate sur les chemins les modifications suivantes :
 
  • a) Croisement avec le chemin de Rognac à Berre (actuel bd J. Jaurès) grâce à un passage à niveau. Il est à noter que le passage à niveau semble très postérieur à la construction de la voie elle-même.
     
  • b) Interruption du trajet formé par la Carraire des Pugettes et le chemin du puits de Marroc. Ces deux voies vont se raccorder un peu plus au nord, en venant sous un pont appelé depuis quelques dizaines d'années "pont du roi Dagobert". Il est possible de voir ce pont grâce à la photo de droite, probablement prise depuis l'émergence du petit-Vacon (autrement dit de la colline des frégates actuelle en regardant vers le nord-ouest.).


c) Interruption du chemin de Velaux à Marignane, au sud de la Bastianne. Ici aucun pont n'a été construit et le chemin de Velaux à Marignane a été purement et simplement raccordé à l'extrémité orientale de la Carraire du Plan. Quant à l'autre segment du chemin de Velaux à Marignane, au nord de la voie ferrée, il a été raccordé au chemin du Puits de Marroc par un trajet longeant la voie ferrée depuis la Bastianne (photo de gauche) jusqu'au pont du roi Dagobert, sur le côté oriental de la dite voie.
 
d) Croisement avec le chemin du plan grâce à un pont.

e) Croisement des vallats venus du plan (Vallat de Fauconnière et Vallat Neuf) grâce à des ponceaux.
  • f) Croisement avec la Carraire du Plan grâce à un pont appelé "pont des matelots". cette appellation est utilisée depuis quelques dizaines d'années.
     
  • g) Croisement de la voie avec le chemin de Marseille à Salon.
     
  • h) Transposition d'une partie du chemin de Berre à Aix, au nord de la voie ferrée, contre celle-ci.
     
 
II) LA VOIE FERRÉE ROGNAC - AIX (1856)
 
Moins d'une dizaine d'années après la construction de la voie ferrée Paris/Marseille, la décision de créer un raccordement vers Aix est prise.

Cette nouvelle voie est connectée à la précédente au niveau des ferrages de St-Eloi, mais la liaison effective est réalisée à l'ouest de la colline du Petit-Vacon. La voie suit alors, en direction d'Aix, un trajet comparable à celui du chemin de Velaux - Marignane.

Cette nouvelle voie a rendu nécessaire la construction d'un pont, car elle coupait la voie de raccordement du chemin de Velaux à Marignane avec le chemin du Puits de Marroc. Ce qui isolait complètement toute la région du quartier du plan. Ce pont pris par la suite le nom de "pont de la Bastianne", étant donné sa proximité avec cette Bastide.
 
 
IV) ROGNAC, LA GARE
 
Notre gare de Rognac n'était pas, dés la construction de la ligne de chemin de fer, la gare que nous connaissons aujourd'hui.
 
Elle fut construite dans un premier temps à cheval sur les communes de Rognac et de Vitrolles. Elle fonctionna en tant que gare de Rognac de 1848 à 1884. A la construction de la nouvelle gare, plus proche du centre ville, la gare initiale garda longtemps le dénominatif "d'ancienne gare".
 
La nouvelle gare ressemble à notre gare actuelle. Quelques différences sont néanmoins notables.
 
Comme nous pouvons le constater sur la photo de gauche, les voies sont dépourvues de lignes électriques. Les quais d'accès aux voies sont protégés du soleil et des intempéries par des toitures. En regardant plus attentivement on aperçoit des chariots utilisés pour le transport des bagages ou des sacs de courrier.
On remarque également la quantité importante de poteaux qui supportent la multitude de fils qui servaient, à l'époque, à l'acheminement de l'électricité et aux besoins du télégraphe.
 
Ces photos prises entre 1858 et 1910, démontrent l'activité importante de la gare de Rognac, tant sur le plan des voyageurs que sur le plan des transports de marchandises.
 
On remarque sur la photo ci-contre, les hangars se trouvant sur la gauche, où sont garés des wagons bas.
Aujourd'hui, ces hangars n'existent plus. La délocalisation des emplois, des lieux d'habitation et l'augmentation des véhicules ont rendu nécessaire l'aménagement d'un parking pour désengorger celui de la gare devenu trop petit mais utilisé tout les jours de la semaine par un grand nombre de personnes se rendant principalement à Marseille pour y travailler.
Il est possible de remarquer que les voyageurs ne pouvaient pas manquer la gare lors de l'arrivée du train si leur destination était Rognac car son nom y était annoncé en lettres capitales sur la tour d'eau visible à droite de la photo (cette tour servait au remplissage en eau des locomotives de l'époque.
 

Cette photo, à gauche, nous montre que l'accès aux quais, sur la gauche du cliché, n'était séparé 
de l'esplanade d'arrivée à la gare que par une simple barrière en bois.
 
Son entrée, protégée par un abri vitré, empêchait le mistral ou la pluie de pénétrer dans la salle des guichets. Il est possible de remarquer, juste avant l'abri vitré, fixée contre le mur de la gare, une des lampes à pétrole qui assurait l'éclairage de la gare.
Une femme, habillée dans sa belle robe de l'époque, marche sous les arbres qui bordent l'aire d'accès à la gare où on peut voir les nombreuses empreintes des roues de charrettes.
Nous pouvons déduire également que cette photo fut prise par un léger mistral car le bas de la robe est poussé au devant, preuve que le vent souffle du nord, étant donné la position de la prise de vue.
Par période de pluie, le sol, démuni de tout revêtement devait se remplir de flaques boueuses et les dames devaient fort probablement prendre mille précautions pour garder leur toilette propre.
 
Quelle belle fin de journée, si on se réfère à l'ombre de la bâtisse sur la chaussée !
 
Qu'il est bon de prendre le frais à l'ombre du Café de la gare. Moments conviviaux et de détente après une journée de travail où on se raconte les événements de la journée, ou encore des histoires de chasse peut-être.
 
Nous sommes loin de la circulation que connaît cette artère aujourd'hui. Quelle surprise auraient ces gens s'ils revenaient au même endroit de nos jours !

Mais laissons-les tout simplement dans leur Rognac d'un autre temps.



 Page mise à jour le 11 juillet 2013