ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
ROGNAC DE 1940 A 1960

 
Comme nous l'avons constaté dans la page précédente, on ne note pas d'événement important entre 1930 et 1940, susceptible d'être relaté.
 
A partir de 1940, l'entrée en guerre de la France entraîne la mobilisation des hommes en âge d'être incorporés. Après la capitulation de l'armée française, le Service du Travail Obligatoire et les camps de jeunesse remplacèrent le service militaire.
Volontaires où résignés, les jeunes Rognacais partirent en camps de jeunesse, avant d'être, pour certains, déportés pour effectuer des travaux agricoles dans les fermes allemandes, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire.
Sur cette photo à gauche, quelques compagnons de déportation sont réunis dans leur baraquement et parmi eux se trouve un jeune Rognacais.
 
Mais dans l'ensemble, ce conflit semble loin et la vie à Rognac est réglée par le rythme des travaux journaliers.
 
Un événement va bouleverser cette tranquillité apparente. Pour ne pas tomber aux mains des Allemands, la flotte française se saborde à Toulon. Cet acte sera l'excuse pour l'état-major allemand de ne plus respecter la ligne de démarcation qui protégeait encore la zone libre et ceux-ci finirent d'occuper notre territoire en 1942.
 
Pour Rognac, qui est depuis toujours un axe important de passage, cela se matérialise par la réquisition de l'école Lamartine, afin d'y installer un poste de commandement proche de notre gare.
 
A partir de ce moment là, l'école est transférée dans les locaux du Cercle Amical. Mais cette école ne fonctionne que quelques mois car le bâtiment est ensuite également réquisitionné. Les réquisitions allemandes allaient jusqu'à prendre les chevaux que nos fermiers utilisaient pour leurs travaux. Ceux-ci furent remplacés tant bien que mal par des bœufs.
 
Notre gare est un lieu sensible et pour contrôler son fonctionnement, tous les postes importants sont doublés par un officier allemand. Ce qui nous amène à relater certaines actions entreprises par le personnel de la gare.
Pour compliquer un peu la tâche des occupants, les cheminots maquillent en maladresses des incidents prémédités afin de perturber le fonctionnement de la gare et ainsi donner des soucis aux responsables germaniques chargés de veiller au bon déroulement des opérations ferroviaires.
Un jour même, un wagon vient heurter un butoir en fin de voie et termine sa course, en contrebas, dans le lit du Vallat de la Chapelle.
 
La fin de la guerre s'approchant, les alliés se font de plus en plus présents dans le ciel provençal. Un jour, un avion allié touché par la D.C.A. ennemie, est abandonné par son équipage, qui saute hors de l'appareil en perdition. Les parachutes les déposent dans la pinède des Brêts, mais les allemands repèrent le point de chute et ne tardent pas à faire irruption dans le hameau.
 
Avant l'arrivée des allemands, les habitants du hameau ont le temps de cacher les aviateurs dans un lieu sûr. Mécontents de ne pas mettre la main sur eux, ils emmènent, manu militari, la population du hameau à Marseille pour interrogatoire.
Pour quelques membres de ces familles, l'incarcération est prolongée, mais ne retrouvant pas les aviateurs, ils décident de les libérer.
 
Après le départ des allemands de notre village, les américains installent un camp sur l'emplacement actuel du lotissement des Bories, prés de l'URG. Des trains viennent régulièrement ravitailler le camp et les Rognacais profitent de l'arrêt du convoi pour échanger des légumes contre des rations, des cigarettes et du chewing-gum.
Pour le transfert des marchandises, de la voie ferrée vers le camp, des rampes équipées de rouleaux montés sur roulements à billes sont mises en place et assurent ainsi un déchargement rapide des colis.
Il est possible de voir les allées de ce camp dans l'encadrement rouge de la photos aérienne ci-contre prise en 1949.
 
La guerre terminée, les déportés reviennent progressivement dans leurs familles. Le retour est plus ou moins long selon qui les avaient délivrés.
Les plus malchanceux, libérés par les Russes, ont le privilège malheureux de faire un détour par l'Union Soviétique et pour certains, leur retour à Rognac est effectif presque 12 mois après leur libération d'Allemagne. Ce voyage de trop est très mal vécu car cette année supplémentaire loin de leurs proches ne diffère en rien de celles endurées pendant leur détention Allemande.
 
Rognac retrouve petit à petit son rythme et continue sa mutation vers l'ère industrielle que nous connaissons aujourd'hui.

 
LA FIN DU MÔLE DE ROGNAC
 
Le Môle de Rognac (port), fut construit sur l'emplacement de l'ancien cargadou, au lieu-dit le Môle de la Forge, proche de la Tête Noire. En service depuis 1840, son utilisation cesse définitivement en 1946.
Pour ceux qui ne l'on pas connu, nous retraçons brièvement sa physionomie.
 
L'accès au port se fait en empruntant l'ancienne "Carraire du Môle de Rognac". Le début de cette carraire est encore visible aujourd'hui, puisqu'elle se situe entre la bâtisse de la Tête Noire et la résidence "Eden Provence". Ce môle sert d'abris pour les barques et de débarcadère pour les pêcheurs.
 
Le port est constitué d'une étroite bande d'eau de 8 mètres de largeur environ, comprise entre deux quais et a une longueur d'une centaine de mètre par son quai le plus long.
                       
Le quai le plus court, mais aussi le plus large est sur le côté nord du port. Le début et la fin du quai sont espacés d'une quarantaine de mètres. Sa largeur est de 7 ou 8 mètres.

Sur cette photo à gauche, deux ancêtres posent pour la postérité. Il est possible de s'apercevoir que le quai sud n'a pas été modifié encore.
                       
Vers son extrémité, des piquets d'une hauteur de 2 mètres environ sont reliés entre eux, sans doute pour le séchage des filets.
 
A son extrémité, une digue relie le quai à des cabanes utilisées comme abris pour quelques barques.
 
Le quai situé sur le côté sud du port, est celui dont la longueur assure l'ancrage du plus grand nombre de barques. Contrairement au quai nord, sa largeur est plus modeste, entre 1,2 et 1,5 mètre. Sa fonction principale étant de permettre l'accès aux barques, il assure également la protection du port par vent de sud.
 
Ces deux quais sont formés par entassement de gravats et de terre, retenus par un coffrage permanent constitué de planches fixées les unes aux autres et retenues par des piquets en bois de section conséquente.
 
La décision de mettre fin à son activité est sûrement due par l'accumulation de plusieurs éléments, d'ordre technique d'une part et fonctionnel d'autre part.

Il est possible qu'à cette époque, l'activité de notre port n'est plus aussi importante que par le passé ou qu'elle ne corresponde plus aux besoins.
Les cinq années de guerres ont mis notre commune dans un état qui nécessite l'investissement de sommes importantes pour lui donner un nouvel essor. Des priorités sont établies car la commune n'a pas les ressources nécessaires pour tenir front dans tous les domaines.
Le port, de par sa constitution, demande des réparations pour entretenir les coffrages détériorés et son envasement réduit son utilisation. Les travaux, pour le remettre en état, étant trop importants par rapport à son activité, les priorités décidèrent d'elles-mêmes de son avenir.





Bien que cette vue date de 1926, elle montre l'aspect que devait avoir le Môle de Rognac à l'époque qui nous intéresse dans cette page. Il est possible de distinguer les cabanes situées le long de la digue, directement à gauche du port sur la photo. Son quai sud n'a pas l'importance qu'il avait en pleine activité, mais on peut voir que le bassin d'ancrage des barques est très largement creusé à l'intérieur des terres, d'où la difficulté de maintenir sa profondeur sans que survienne régulièrement son envasement.
 
DESTRUCTION DE LA CHAPELLE SAINT-JACQUES
 
En 1950, pour les besoins de l'aménagement de la Route Nationale 113, la chapelle St-Jacques des Cabanes est détruite, ainsi que l'ancien Château Seigneurial. Ces travaux de modernisation ont amené la suppression de la déviation de la Montée des pins.
 
Cette chapelle, ancienne église paroissiale construite en 1473, est désaffectée en tant que paroissiale en 1667, lorsque l'église des bastides des Goyrans, notre église actuelle, est construite.
Elle fit partie du paysage Rognacais durant 477 années, mais malheureusement, elle périt du même mal que l'ensemble de nos vestiges, c'est-à-dire la malchance d'être situés dans des lieux de travaux importants.
 
Leurs destructions étaient-elles les seules solutions ? Nous ne sommes pas là pour juger, mais nous pouvons émettre une hypothèse, celle que les vieilles pierres ne suscitaient guère d'enthousiasme pour trouver une parade à leurs destructions qui arrangeaient peut-être nos élus par les économies substantielles qu'entraînaient leurs disparitions.

 
PÉRIODE ENTRE 1950 ET 1960
 
Cette période marque un changement important pour notre commune. En effet, c'est dans cette décennie qu'apparaissent les premiers grands travaux immobiliers qui amenèrent les grandes modifications sur l'aspect de notre village pour aller vers celui de la ville que nous connaissons aujourd'hui.
 
Tout d'abord, Rognac voit apparaître vers 1955, des HLM sur son territoire. C'est la construction de ceux de la rue Mireille. Ces habitations répondent à une demande croissante de logements, motivée par le début du baby boom et par un manque certain d'habitations sur notre terroir.
Les moyens financiers des habitants de Rognac ne permettent pas aux familles de faire construire des logements et l'expansion des habitations à loyers modérés était une solution temporaire que bien des gens utilisèrent.
La photo aérienne de droite, nous donne une idée du changement de l'habitat, avec en premier plan les deux masses imposantes des HLM de la rue Mireille et les habitations particulières, présentes au second plan. La place Saint-Jacques n'existe pas et la Maison des Jeunes n'est qu'un terrain vague.
 
Un autre besoin découle directement de cette augmentation de la population et du Baby Boom, c'est-à-dire les structures nécessaires et adaptées pour accueillir les enfants en âge d'être scolarisés. Dans cette même période, la décision est prise de construire, près du groupe scolaire Lamartine, une école maternelle.
Depuis, de nombreuses générations se sont succédé, passant tour à tour de l'école maternelle à l'école primaire.
Sur le cliché ci-contre, on aperçoit l'école maternelle Lamartine et le Square Henri Giraud.
 
En 1958, la Clinique Générale de l'Etang de Berre est mise en service. Cette clinique va veiller sur la santé des habitants de Rognac et de la région pendant 4 décennies. Elle compte plusieurs services dont ceux de chirurgie, de maternité et un centre de grands brûlés. De nombreux spécialistes ont leur cabinet dans l'enceinte même de la clinique. Elle prend le relais de la clinique Woltz qui était située à l'emplacement même de notre actuelle bibliothèque.                
Après le départ des services de chirurgie et de maternité de notre clinique, en 1998, celle-ci s'est transformée en centre de spécialistes et en maison de retraite.
 



Pendant que Rognac se transforme, le travail suit son cours. La proximité de la raffinerie donne la possibilité à bon nombre de Rognacais de pouvoir y travailler, ce qui leur permet d'avoir des ressources régulières, pendant que d'autres continuent l'exploitation de leur ferme, avec tous les travaux afférents à leurs activités.

Cela n'empêche pas, que lorsque les vendanges et les olivades arrivent, tout le monde se retrouve autour du tracteur et des caisses à raisins ou à olives pour la cueillette.
 
Malgré les difficultés liées à ce travail spécifique (mal au dos, aux mains, piqûres de guêpes ou de moustiques...) la bonne humeur était souvent présente et cela donnait l'occasion de raconter quelques anecdotes ou de parler des dernières informations locales, tout en travaillant.