ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
LES PREMIERS HABITANTS CONNUS DE ROGNAC



Nos 
plus lointains prédécesseurs connus vivaient sur notre territoire autour de -4 000 à -3 500 ans BC (Before Christ = avant jésus Christ).
Ils étaient eux-mêmes, du moins partiellement, les descendants des hommes de Cro-Magnon qui, après ceux de Néendertal, ont occupé le territoire français depuis environ 35 000 ans.

Cette population est envahie vers -3 000 ans BC par des guerriers chasseurs venus de méditerranée centrale, qui s'emparent par la force des terres fertiles et refoulent plus loin les pasteurs indigènes qui s'y trouvent.

Ils connaissent l'arc, la pointe de flèche et leurs matériels ressemblent beaucoup à l'image de droite. Leurs villages sont également fortifiés. Vers 2 500 ans BC, de nouveaux venus apportent en Provence l'usage du métal.

Il est important de préciser ces faits, car il n'est pas possible de parler des hommes du néolithique chasséen comme appartenant à une race pure. Elle fut au contraire mélangée à des sangs étrangers au cours de la fin de la préhistoire, période qui est l'objet de cette page.


LE NÉOLITHIQUE CHASSÉEN

Ce n'est pas avant le Néolithique Moyen (entre -5 300 ans et -4 500 ans BC), que se manifeste la présence humaine sur le terroir de Rognac, dans l'état actuel des certitudes.

La civilisation chasséenne y a duré de -4 000 ans à -2 700 ans BC. On en a retrouvé les traces en divers endroits du terroir.



Non loin du passage à niveau (1) - A Canourgues (2) - Aux abords du Castellas (3) - Au quartier de Gorgue-Passe (4) - Au Grand Vallat ( 5) - Sur la colline du Petit Vacon (6) - Sur le site de l'ancien port de Rognac (7) - Et non loin du triage de la gare SNCF (8).

Le stade culturel et économique des Chasséens a déjà intégré l'élevage et l'agriculture. A la sortie du Paléolithique Supérieur (10 000 ans BC), les groupes humains de notre région ne connaissent qu'un moyen pour survivre, la prédation (La chasse, la cueillette des végétaux). La pèche, dans les régions côtières, semble également probable, tandis que le ramassage de coquillages et d'escargots est une certitude.

C'est vers -7 000 ans BC, dans la région de Châteauneuf, qu'apparaissent les premières tentatives de domestication et d'élevage du mouton sauvage ainsi que les premiers essais d'agriculture.

A Rognac, l'occupation chasséenne du terroir survient à un moment où l'on sait vivre depuis longtemps dans une économie agro-pastorale. Cependant, l'activité de la chasse et surtout de la cueillette est loin d'avoir disparue.


L'HABITAT CHASSÉEN

L'habitat chasséen est généralement une grotte, un abri sous roche, un site en plein air. L'occupation des trois types d'habitats, selon les besoins et les saisons, n'est pas à exclure, tantôt une grotte ou un abri, tantôt une aire en plaine.

Environ 80 sites attribuables aux chasséens, tant en grottes qu'en abris, existent en Provence. Pour la période précédente, le Cardial (-6 000 à -4 000 ans BC), seulement 26 sites ont été répertoriés.
Cette différence peut être interprétée comme une forte croissance démographique durant le quatrième millénaire et le début du troisième millénaire BC, pouvant être partiellement liée au développement de l'agriculture.

Le recensement des sites de plaine est quasiment impossible. Plus exposés aux destructions, composés de cabanes en matériaux légers (bois, peaux de bêtes, sans pierre ni torchis) comme le montre la reconstitution sur l'image de gauche, ils ne résistaient pas longtemps aux ravages du temps et des prédateurs. On peut néanmoins penser que les sites en plaine devaient être aussi nombreux que les sites abrités.

Quant aux fameux "fonds de cabanes", sortes de fosses circulaires plus ou moins exiguës, souvent profondes d'un mètre (remplies de terre charbonneuse, de poteries, de silex, d'os d'animaux), ils représentent sans doute des trous à ordures, des foyers ou des silos de réserves, mais pas des vestiges d'habitations.

LES TOMBES CHASSÉENNES

Elles sont rares. Ce fait contraste avec le nombre croissant des habitants. Pourtant la mise en fosse des individus, séparément les uns des autres, est le mode habituel des sépultures des chasséens. On relève également l'existence d'ossuaires en grottes et généralement les mobiliers funéraires sont pauvres en objets, en offrandes et en parures.

L'INDUSTRIE DES CHASSÉENS

L'industrie lithique des chasséens est marquée par l'usage de l'obsidienne, roche vitreuse italo-sarde et sicilienne. On retrouve aussi une très abondante production de silex caractéristiques. A cette époque, la céramique chasséenne est de très bonne qualité, bien décorée et cuite dans des conditions optimales.

L'industrie osseuse est bien représentée (poinçons (image de gauche), ciseaux, lissoirs, aiguilles à chas (image de droite), poignards). Tandis que la parure proprement dite est rare (coquilles marines, colliers de dents, bracelets de pierres, ingrédients colorants pour peintures corporelles).





LES SITES CHASSÉENS

Les sites villageois

I - Le site du plateau de Canourgues (Signalé par F. CHANFRAU vers 1900, prospecté puis publié par S. CLASTRIER).

Ce site semble être rattaché à un vaste ensemble qui s'étend à cheval sur les communes de Rognac et de Berre l'Étang. Il couvre la totalité de l'éminence qui porte le nom de Canourgues sur son versant oriental regardant Rognac et le nom de Bruni sur son versant occidental regardant Berre l'Étang.
Ce site de Canourgues-Bruni pourrait remonter au chasséen final (vers -2 500 ans BC). Il mériterait largement, vu sa superficie, le nom de village, mais a-t-il été occupé en tous points au même moment ou en des points différents et à des époques différentes ?

Nous ne le savons pas. Aucun plan ni aucune systématisation n'est possible sur un site qui a été bouleversé au plus haut point par l'industrialisation. Ce site, situé quasiment au bord de l'étang, importante source nourricière, est situé non loin d'un point d'eau qui ne s'assèche jamais, la fontaine de Canourgues.

II - Le site du Grand-Vallat
(Signalé par F. CHANFRAU et publié par S. CLASTRIER en 1909).

Situé au voisinage de 
la limite entre Rognac et Velaux, ce site aurait probablement bénéficié du changement indéterminé du cours du Grand-Vallat, qui coupa le camp en deux, réalisant ainsi une véritable coupe archéologique de 0,50 à 1 mètre de largeur sur 6 mètres de profondeur sous le niveau du sol actuel.

La puissance des alluvions qui recouvrent la couche chasséenne peut s'expliquer ainsi :

1 / Un campement chasséen s'installe de part et d'autre du ruisseau (d'importance moyenne), mais constituant l'indispensable point d'eau du village.

2/ Le campement est soit abandonné après plusieurs siècles d'occupation, soit déplacé (inondations fréquentes) et la couche chasséenne cesse de s'épaissir sur les berges du cours d'eau.

3/ Les inondations périodiques du ruisseau amènent des couches successives d'alluvions qui peu à peu recouvrent la stratigraphie chasséenne.

Le propriétaire du domaine de la Verdière fit curer, il y a quelques décennies, une po
rtion du ruisseau traversant son terrain pour absorber les fortes crues éventuelles. Ce curage, d'une profondeur de plus de 6 mètres, mis à jour une disposition stratigraphique tout à fait caractéristique des diverses phases d'inondations successives. D'après la taille des cailloux, il est possible de déduire l'intensité des inondations. 

Des crues modérées ne sauraient charrier de tels cailloux.

Les sites modérés

Nous appelons ainsi les endroits où furent découvertes des structures ou des dimensions trop réduites pour évoquer un groupement de cases pouvant représenter un village.

A/ Sur le site des Borys, à l'occasion de travaux divers, Monsieur F. CHANFRAU et Monsieur Henry de GERIN-RICARD y découvrirent deux tombelles à incinération et un foyer, ainsi que divers fragments de vases et de silex. Ce site est du chasséen final (-2 500 ans BC).

B/ Au niveau du site du carrefour de la poste actuelle, c'est en creusant les fondations de l'immeuble privé se situant face à la poste, que furent exhumés, à environ 1,5 mètre de profondeur, du mobilier lithique et des silex. 

C/ Au niveau du site du Castellas, deux abris ont été explorés. 

a) Un abri sous roche, représenté par une grotte de petite dimension
, sans doute creusée dans la barre du Castellas. Elle a été vidée de son contenu jusqu'au socle rocheux.

b) Une des grottes qui parsèment le pied de la barre d'Entrecasteau, à l'est du Castrum Médiéval, séparé de lui par le vallon d'Entrecasteau (aucun mobilier n'a jamais été signalé sur ces deux sites). 

D/ Sur le site de Gorgue-Passe, une grotte y est présente. Cette grotte d'environ trente mètres de profondeur se termine par un passage trop étroit pour être franchi. Elle présente une forme semi-ovalaire dont le fond est comblé par une épaisseur d'environ un mètre de terre.
Les fouilles y furent débutées en 1979 et révélèrent d'innombrables petits os de rongeurs, des fragments de poteries à pâte noire, une aiguille en os avec de fines incisures et une escargotière.

E/ Le site du Petit-Vacon est plus conjectural que certains. Des fonds de cabanes et quelques taillés y furent trouvés.

F/ Le site du port de Rognac a été mentionné par SAURIN de "station Néolithique". Des pesons et des fonds de vases y auraient été trouvés.

G/ Le site du triage de la gare de Rognac avoisi
nait un ruisseau venant de la colline et se dirigeant vers l'étang. Il semblerait que ce soit le Vallat dit de la Grave, qui longeait la limite Rognac/Vitrolles. Des crânes et des ossements y furent trouvés ainsi que des fragments de céramiques ornées en chevron.

Les lettres majuscules ci-dessus, en début de chaque site, sont reportés sur la carte suivante pour vous permettre de mieux repérer leurs situations géographiques.