ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR

ROGNAC - UN ANTIQUE TERROIR
ROGNAC Á L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE

 



 
L'époque gallo-romaine débute, pour le territoire national situé au nord de la Provence, en -51 BC quand Jules César remporte la célèbre Guerre des Gaules. Pour les Provençaux, elle débute dés la fin du 2ème siècle BC, avec la fondation d'Aix (-122 ans BC) puis de Narbonne (-118 ans BC) suivies de la définition de la province narbonnaise.

Contrairement au reste de la Gaule, notre Provence n'a pas fait l'objet d'une conquête militaire. Les soldats romains venus plusieurs fois à notre secours pour nous protéger des Celto-Ligures, ont fini par s'installer dans ce pays ressemblant si fort à leur Latium.
Leur présence présentait de multiples avantages : sécurisation de Massalia, rapidité d'intervention à chaque révolte ligure et liaison assurée avec la péninsule ibérique.

Les vill
æ romaines ne s'implantent qu'après la conquête de la Gaule par César. Les premiers domaines surgissent sur des terres données aux soldats romains, devenant régisseurs propriétaires des domaines. Mais il est possible que des domaines datant de la fin du 2ème siècle BC aient existé à Rognac, étant donné l'assurance de l'existence de tels domaines en cette même période à Berre l'Étang.

La totalité de notre terroir a dû se couvrir de ces domaines, de tailles variables allant de quelques hectares à plusieurs centaines d'hectares.

Un domaine romain est décrit aujourd'hui de la manière suivante :
  • Une maison de maître (pars urbana) : habitation du propriétaire ou du fermier et de sa domesticité.
  • Des bâtiments (pars rustica) : Logements sans doute réservés aux ouvriers agricoles, aux animaux et à toute l'instrumentation agricole.
  • La réserve forestière non cultivée.
  • Les terres cultivables.


1) LES ÉTABLISSEMENTS OU DOMAINES GALLO-ROMAINS
 
 
 
 

Le mot "établissement" est plus vague que le mot "domaine". Il n'est pas certain que tous les vestiges trouvés aient constitué l'indice d'un domaine.

a) L'établissement de LA BERNADE (découvert par F. CHANFREAU, publié en 1908 par S. CLASTRIER)

Il s'agit de constructions sur la rive de l'étang, dont certains éléments constitueraient les indices d'un port. En 1950, Louis CHABOT et O. SICARD fouillèrent, à proximité, une tranchée qui pu servir de dépotoir gallo-romain, découvrant des vestiges du 1er au 4ème siècle, qui laissent à penser que toute la rive orientale de l'étang de Berre était très prospère et très peuplée.

Sur l'image de droite, le losange rouge marque la position de l'établissement.



b) L'établissement de CANOURGUES (découvert en 1908, fouillé en 1927)

La villa de Canourgues est la seule de notre terroir dont nous connaissons le plan, qui fut établi par Gérard CASTEL selon les instructions de 1927. Elle remonterait au moins à 150 ans après JC et fut probablement abandonnée vers l'an 250 pour une cause inconnue (aucune trace d'incendie parmi les vestiges). Il y fut découvert un petit autel qui remonterait au 2ème ou au 3ème siècle, portant les inscriptions suivantes (OEAI AOEOAI) représentant probablement une formule magique.


Nous allons détailler cet établissement.

Les travaux de fouilles débutés en juin 1927, ont mis à jour dans un premier temps sur des substructions qui se sont avérées être celles d'un piscine à deux compartiments. C'est dans cette piscine qu'ont été trouvées les deux parties de l'autel cité ci-dessus.

Accolés à la piscine, 3 petits compartiments parallèles de 2 mètres de longueur sur 0,80 mètre de largeur et 0,60 mètre de profondeur étaient séparés par des murets en petits appareils de 0,20 mètre d'épaisseur.
Des fragments de revêtement en marbre gris trouvés à l'intérieur et les dimensions de ces compartiments, placés à 0,60 mètre en contrebas de la zone bétonnée font penser à des baignoires.
Le Carrier Chaillain de Velaux avait trouvé dans l'une, une lampe en terre cuite.

Un peu plus au sud, un puits antique assurait les besoins en eau du domaine.

A l'ouest de la piscine, à environ une vingtaine de mètres, a été découvert un massif de maçonnerie de 5 mètres sur 3 mètres et de 1 mètre d'élévation (fouloir à raisin) avec sur sa face nord une cuve vinaire de 1,80 mètre sur 1,60 mètre, creusée dans le sol.
Au sud du fouloir se trouvait une pièce de 3 mètres de côté aux murs bien appareillés.

A environ 6 mètres au sud, un 3ème groupe de constructions comprend trois salles alignées perpendiculairement à un mur de plus de 15 mètres de longueur. La salle n°1 avait 7,40 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur. La suivante, la n°2, est la plus grande avec ses 7 mètres sur 7,40 mètres, quant à la dernière salle, elle mesurait 6,30 mètres sur 5 mètres.
Près de la porte de cette dernière, 2 squelettes ont été mis à jour après le déblaiement de 0,45 mètre de décombres parmi lesquelles se trouvaient les tuiles de la toiture effondrée.

Sur ce site furent trouvés, entre autres, les éléments suivants :
  • Une moitié d'un autel dans un des deux compartiments de la piscine.
  • La seconde moitié dans le second compartiment.
  • La partie droite d'un cadran solaire en pierre de Calissanne, semblable à ceux trouvés en grand nombre à Pompéi.
  • Dans le sol et un peu partout des coquilles de moules, de cérithes, de cardium et de peignes.
  • Dans les fouilles de la piscine, des fragments d'amphores et la moitié d'une meule en basalte.
  • Les débris d'un flacon de verre à fond plat.
  • Une céramique d'Arrezo ou similaire.
    ....

F. CHANFREAU et H. DE GERIN-RICARD suivirent les travaux de la carrière espérant faire d'autres découvertes car les vestiges de la villa couvrent environ un hectare. Ils terminent leur explication en assurant tenir à jour un plan au fur et à mesure de l'avancement des découvertes. 

Malheureusement, nous n'avons pas la chance que ce plan soit parvenu jusqu'à nous.

Avant de poursuivre, voici, sur les
 renseignements laissés par F. CHANFREAU et H. DE GERIN-RICARD, une hypothétique reconstitution de ce que aurait pu être cette habitation. Mais nous ne découvrirons sans doute jamais son véritable aspect :

 
 
 





c) L'établissement de FAUCONNIERE (connu depuis 1970 grâce aux recherches de Louis CHABOT)

Il est possible que nous ayons là un domaine unique ou trois petits domaines distincts mais très rapprochés (1er siècle après JC). Le site se trouve à l'est de l'autoroute A7.


d) L'établissement du PETIT-VACON (mentionné en 1910 par S. CLASTRIER, étudié en 1969 par Louis CHABOT)

Des fragments innombrables de poteries sigillées ont été recueillis en surface et surtout dans les nombreux bancaüs qui délimitaient les tables de cultures. Ces fragments datent le site du 1er ou du 2ème siècle. Les prospections n'ont porté que sur la surface du lieu, mais elles laissent entrevoir un établissement gallo-romain très important recouvrant toute l'éminence du Petit-Vacon.
Vers 1980, de très nombreuses sépultures en tuiles furent découvertes par des propriétaires de la rue des Hortensias, lors de l'aménagement de leur jardin. Il s'agit donc d'une nécropole gallo-romaine.
 
 
e) L'établissement d'ENTRECASTEAU

Le 2 août 1925, un orage permet la découverte sur le talus formant la rive gauche du ravin d'Entrecasteau, d'un autel votif mesurant 25 centimètres de hauteur, 12,5 centimètres de largeur et 10,5 centimètres de profondeur. La construction dont elle dépendait a été retrouvée à moins de 300 mètres de l'autel. Pour avoir était enfoui sous les couches limonaires durant des siècles, cet autel est trouvé dans un excellent état de conservation. Il porte entre deux
moulures les inscriptions suivantes : (PETITA PARCA VSLM).

Selon les explications données par H. de GERIN-RICARD et F. CHANFREAU, "Petita" peut avoir été inscrit pour Paetita, nom de femme connue et que Parca devait être une abréviation de Parcibus, pour Parcis, autrement dit les Parques. Les Parques étaient des divinités adorées sur le territoire Salluvien (Salyens de Rians et Saint-Symphorien-de-Lançon).

L'influence de la mythologie grecque avait établi trois Parques. Filles de Zeus et de Thémis, Klotho (la fileuse) filait le fil de la vie des humains. Lachésis (la fatidique) tenait le fil plus ou moins suspendu selon la volonté du destin et Atropos (l'inflexible) coupait de ses ciseaux le fil de la vie aussitôt que le terme fatal était arrivé.
Mais, il semble qu'à l'origine, la mythologie latine ne connaissait qu'une seule Parque, la Déesse Parca, qui présidait aux naissances et aux destinées.

VSLM doivent être les lettres formant l'abréviation de Votum Solvis Libens Merito qui signifie "de bon grès et à juste titre".

Cet autel dépendait d'une modeste et rustique demeure gallo-romaine dont les ruines se trouvaient à moins de trois cent mètres. F. CHANFREAU la connaissait très bien puisque quelques temps auparavant, cette villa, bien que moins vaste et moins soignée que ses contemporaines de Vacon, du Castellas-Bas et de Canourgues, avait fourni le matériel suivant :

Des tuiles à rebords.
Des débris de vases grands et petits.
Des portions de meules en basalte.
Et un poids de tisserand trapézoïdal en poterie.

Malheureusement, nos chercheurs, bien que connaissant parfaitement cette demeure n'ont jamais, ni mentionné précisément son emplacement, ni fait de relevé pouvant nous renseigner sur son aspect, ce qui nous met dans l'incapacité de la détailler comme nous le voudrions.


f) L'établissement du Castellas-Bas


En 1929, F. CHANFREAU et H. DE GERIN-RICARD mentionnent dans la revue Provincia un établissement gallo-romain au "Castellas-Bas". Aucune précision n'est donnée et, de surcroit, l'expression topographique employée par les auteurs est fort malheureuse.

Certes, le site est placé au pied du Castellas, mais il est assez loin de lui et mis à part ce fait, l'un n'a rien à voir avec l'autre. D'une part parce que l'époque celto-ligure et d'autre part l'époque moyenâgeuse, qui ont marqué fortement ce site, n'ont pas été contemporaines à la période que nous explicitons. 

Mais il aurait été préférable de prendre en compte l'élément géographique cadastral caractéristique du lieu, et qui en est le plus proche, c'est-à-dire le lieu du puits de Rognac et pour notre part c'est cette désignation qui aurait dû être utilisée.
Nous conserverons néanmoins le terme des premiers auteurs, puisque le temps et l'usage l'ont en quelque sorte consacré.

En 1969, Louis CHABOT écrit :

... En effet, au pied du Castellas, de nombreuses tuiles romaines et divers débris de poteries (dollia, amphores) attestent de la présence d'une villa que nous ne pouvons malheureusement pas dater avec précision, mais qui pourrait être du 2ème siècle après JC.

Le site s'inscrit dans les éléments topographiques actuels suivants :
  • A l'ouest, l'autoroute A7.
  • A l'est, le pied du coteau du Castellas.
  • Au sud, le Petit-Vallat.
  • Au nord, le chemin de Rognac à Saragousse.

Il est à remarquer que l'établissement se trouvait peu éloigné du chemin de liaison reliant les voies de Saragousse et de la Tête-Noire (qu'on fasse passer ce chemin de liaison le long du Petit-Vallat ou à l'emplacement du chemin de Rognac à Saragousse). Le puits de Rognac se trouve au sud-est de l'établissement.


g) L'établissement de LA TUILLIERE

Ce site parait à la fois important et tardif. Nous sommes ici en présence d'un vaste site gallo-romain qui s'étend sur environ 10 hectares, particulièrement riche en vestiges dont certains (colonnes, moulures, chapiteaux) indiquent un établissement de grande envergure. En outre, toute la plaine environnante est cultivable et l'eau n'y manque pas. C'est le cas aujourd'hui encore et l'endroit est connu également sous l'appellation des Ouïdes.

Le Grand Vallat traverse de nord-est en sud-ouest cette plaine. Il est donc possible de formuler l'implantation d'une importante villa (voire plusieurs vill
æ) durant l'époque gallo-romaine, mais encore habitée et utilisée au cours du VIème siècle et probablement détruite durant les moments troubles du VIIème ou VIIIème siècle.

Cette terre fut riche en substructions et les paysans qui cultivaient ces terres étaient maintes fois embarrassés par ces pierres qui remontaient à la surface au fur et à mesure des labours. Lorsque la décision fut prise de refaire la route de Berre à Aix-en-Provence, les multiples plaintes déposées par les propriétaires de terres concernées par cet établissement scellèrent l'avenir des vestiges de cette villa. Ils terminèrent comme ballaste pour cette route.

Tous les automobilistes qui empruntent chaque jour cette route, roulent sans le savoir, à la hauteur de la tuilière, sur un revêtement goudronné reposant sur un lit de gravats issu des colonnes, moulures et chapiteaux de l'établissement de la tuilière.


h) l'établissement de LA BARRAQUE

En 1967, René, le fils de Stanislas CLASTRIER communiquait à Gérard CASTEL les informations suivantes :

"Entre le Castellas et Saragousse, au lieu-dit "La Barraque", se trouvaient les ruines de quelques maisons. On y voyait à fleur de terre des débris de tuiles romaines. A proximité de ces ruines existait un puits carré, très étroit, riche en eau, même en période de sécheresse prolongée.
Près du puits se trouvait une auge qui aurait pu être le sarcophage d'un enfant gallo-romain.

Il est à remarquer que ce site se trouve placé à proximité immédiate de l'une des voies gallo-romaines mentionnées par I. GILLES, voie transversale constituant un trajet de jonction Est-Ouest entre deux voies principales Sud-Nord, celle allant des Pennes Mirabeau à Velaux via Saragousse d'une part, et celle allant des Pennes Mirabeau à La Fare Les Oliviers par la Tête-Noire d'autre part.

Ces éléments permettent donc de noter que cet établissement est plausible mais conjectural en l'absence de mobilier plus étoffé.


I) Les établissements de Saragousse

Les travaux de I. GILLES, à la fin de 19ème siècle, ont montré l'existence d'une voie romaine allant des Pennes Mirabeau à Velaux par Saragousse. D'autres auteurs, qui n'ont pas publié leurs travaux, pensent que cette voie était bordée de part et d'autre de villae gallo-romaines dont certains vestiges modestes auraient été repérés.
Reste également cependant le problème d'une éventuelle mutatio (relais sur une voie romaine) placée aux environs de Saragousse et du Vallon du Duc. Nous en avons aucune preuve, excepté la toponymie du lieu. Saragousse proviendrait de Caesarea Augusta, ce qui nous renvoie à une origine toponymique gallo-romaine.


j) La vigie du Castellas

F. CHANFREAU et S. CLASTRIER ont vu, dans les modestes vestiges trouvés à cet endroit (céramiques sigillées abondantes, tagulae, pressoirs à vin (?)
, poteries indigènes et italiques), les restes d'un "castellum romain". 
Louis CHABOT a trouvé quelques rarissimes vestiges gallo-romains au Castellas, qui devaient être utilisés de relais de sémaphore.


k) L'établissement du cimetière

Voyons la Chronologie de la découverte de ce site très important :

1908 : Découverte de substructions très massives à l'ouest du cimetière créé en 1900.
1920 : Découverte d'un dépôt d'amphores dans le cimetière lui-même.
1969 : Louis CHABOT rattache le dépôt d'amphores aux substructions ci-dessus.
1979 : Découverte au croisement de la route Rognac - Aix-En-Provence avec la voie rapide de sortie de l'autoroute A7 vers Berre l'Etang, d'une poche contenant de nombreuses poteries entières. A son arrivée, Gérard CASTEL ne peut que constater les dégâts (les ouvriers avaient brisé toutes les poteries et les avaient réenfouies dans le chantier. 
1990 : Prospection de surface au sud des substructions (découverte de céramiques pouvant dater du 1er au 5ème siècle).

Voilà donc les vestiges d'un site important. Il n'est peut-être pas illogique d'y rattacher celui du Petit-Vacon et sa nécropole.

Selon l'analyse de Gérard CASTEL, il est tout à fait possible que ce site représente le domaine de RUDINIUS, qui selon l'hypothèse de Ch. ROSTAING y voit l'origine du toponyme RUDINACUM, ce toponyme aboutissant lui-même au nom de ROGNAC.

Ce site du cimetière parait être le plus important de notre terroir.


2) LES SÉPULTURES

I) Les sépultures de l'ancienne poste

Cette poste était située au 53 et 55 Boulevard Jean Jaurès. Des découvertes, effectuées en 1914 par F. CHANFREAU et en 1932 par H. DE GERIN-RICARD, mirent à jour les éléments suivants :

Des tombes en tuiles.
Une marque de potier.
Un cercueil en plomb.
Une lampe.
Un lacrymatoire.


II La sépulture du Bosquet

Elle consiste en quelques fragments osseux humains et un morceau de tissu noirâtre de 7 centimètres sur 4 centimètres. Le fait marquant est que cette sépulture se trouvait à une profondeur de 5 mètres. Ce qui prouve le remblayage considérable qu'a subi la route nationale 113, au bord de laquelle elle fut découverte 
(côté ouest de la route, à l'aplomb du boulevard de la plage).


III) Les sépultures de la citée SNCF

En 1940 et en 1978, plusieurs tombes en tuiles, des pièces de poteries et de tagulae ont été découvertes à une profondeur de 0,30 mètre. Ces vestiges sont aujourd'hui enfouis sous les grands bâtiments de la cité.


IV) Les sépultures de la place Anatole France

Vers 1950, plusieurs tombes en tuiles ont été trouvées. Elles furent visitées à l'époque par F. BENOIT. En 1981, à 20 mètres de cette découverte, furent trouvées 2 tombes, sans mobilier, se situant à 1,50 mètre de profondeur.
La relative dispersion des tombes de 1950 et de 1981, sur environ 200 m² donne à penser que de nombreuses autres tombes peuvent encore s'y trouver et qu'il s'agit d'une nécropole.